Préface

Au début, c'était un peu étrange. Imaginez qu'un ami vous téléphone régulièrement pour vous dire : j'ai vu ce film et j'ai vraiment aimé. Point. J'exagère, c'est vrai, mais d'une certaine manière les premiers billets d'humeur de Francis me semblaient de cette nature. Ils m'arrivaient à l'improviste, se heurtant parfois à mon jugement du film en question. Et virtuellement, j'entamais avec lui un combat fait d'adjectifs, de rappels de tel ou tel moment, de comparaisons impensables et, surtout, de revendication d'une possible suprématie cinéphilique. Bref, c'était pour moi un signal amusant, titillant, mais effectivement de l'ordre de l'humeur.

Un peu étrange, disais-je, car je connaissais un autre Francis. Nous nous sommes côtoyés à la Commission de Sélection des Films. Réunis pour leurs diverses qualités, une petite dizaine de lecteurs étaient régulièrement conviés pour discuter, critiquer, défendre des dossiers très complets de demande d'aide au financement d'un film dont le scénario était, bien évidemment, la pièce maitresse. Certains d'entre nous avaient, avant débat, griffonné quelques notes, d'autres avaient souligné ou barré quelques lignes mais, généralement, la discussion était ouverte, spontanée et, parfois, évolutive. Mais lorsque je passais la parole à Francis, je savais qu'il allait sortir du dossier une page manuscrite, manifestement longuement réfléchie, très explicite, ne se satisfaisant pas de jugements partiels et, chose assez extraordinaire, anticipant, en les justifiant, les développements possible du scénario, à savoir, le jeu des acteurs, les choix photographiques et les subtilités d'un futur montage.

Francis de Laveleye est certes un professionnel du cinéma. C'est bien évidemment un grand cinéphile. Mais c'est aussi un amateur du monde du cinéma dans tous ses aspects : la production, l'écriture, tous les métiers dits techniques du cinéma, l'enseignement, l'analyse des sources de financement, la vie en salle, l'accueil du public. Et tous ceux qui le connaissent savent que c'est pour lui un constant sujet de réflexion, d'intérêt et de conversation.

Dès lors, vous l'avez compris, il était impossible que ses mouvements (qu'il appelle billets) d'humeur puissent continuer à laisser en retrait ses commentaires, ses critiques ou ses louanges. Et de fait, petit à petit, ses courriels se sont développés et enrichis d'explications, à la fois absolument relevantes et toujours tellement personnelles. Francis s'est inventé un modèle spécifique. Ni une critique de cinéma, ni un résumé dans un magazine, ni une lettre sur un blog. Il a développé ce qu'on pourrait qualifier les billets d'« humeur augmentée ».

Ne les ratez pas.

Avant-propos

Pourquoi ajouter ces modestes « billets d'humeur cinématographique » à tout ce qui se publie dans la presse, s'écrit sur les réseaux sociaux, les blogs, se discute à la radio et à la télévision ?

C'est d'abord pour me faire un plaisir, celui de prolonger mes séances de cinéma, en salle, par des moments de réflexion, quelques recherches aussi, afin de mieux connaître et comprendre les œuvres que j'ai le privilège de pouvoir regarder au fil du temps. Mes choix de films se font essentiellement en fonction de l'heure de la séance à laquelle je peux me rendre.

Ce n'est pas une boutade ! Très occupé par ailleurs, les moments durant lesquels je peux me consacrer à ce plaisir de cinéphile sont fonction de mes autres activités et, de plus, j'aime aller voir des films en ignorant tout, ou presque, de ce qui les concerne. La découverte me semble essentielle au plaisir. Elle m'amène à voir certains films que, peut-être, j'aurais dédaignés, à en découvrir d'autres que j'aurais pu ignorer.

Mes premiers commentaires écrits, je les faisais sous forme de lettres envoyées à des personnes concernées par le film : réalisateurs, acteurs, producteurs, chefs opérateurs et autres colaborateurs que je connais personnellement. Vous pourrez lire au début de ce recueil, 18 de ces lettres retrouvées, un peu en désordre. D'autres encore, écrites au fil du temps.

Puis vinrent les commentaires plus brefs, très subjectifs, envoyés à quelques amis qui souhaitaient de moi un avis, une suggestion, pour choisir le film à aller voir. De proche en proche, ces billets furent adressés à un nombre croissant de personnes qui, peut-être, les lisent.

Ces envois, devenus généralement bimensuels, me permettent de numéroter les films et de mentionner les mois durant lesquels je les ai vus.

Pour le confort de la consultation du recueil de ces billets, je les ai laissé dans l'ordre de leur rédaction, avec les titres originaux des films. Cependant certains titres sont repris aussi dans leur forme traduite ; celle-ci est mentionnée alors, à côté du titre original. Une table des matières, alphabétique, permet de rechercher les films. Certains sont mentionnés deux fois, en français et dans leur version originale.

Une autre table, celle des noms de réalisateurs, complète ce recueil pour celles et ceux à qui cette façon de rechercher une œuvre conviendrait mieux.

La « loupe » de Rechercher (qui apparait en haut à droite) vous permet de retrouver les textes qu'il vous intéresserait peut-être de (re)lire. Et la recherche par les n° des billets est aussi possible, comme celle des noms mentionnés au fil de mes textes.

Mon souhait serait de publier la suite de mes billets, mis en page, chaque année ; pour très longtemps encore.