Voilà un film aussi étrange qu’intéressant, totalement hors normes. Le réalisateur nous présente doucement un certain nombre de personnes dont la santé est très fragile, qui semblent proches de la fin de leur vie active. Une femme et un homme qui s’alimentent par gastrostomie, un homme séropositif, un unijambiste borgne...
Tous sont attirés par le théâtre de la Monnaie à Bruxelles, y travaillent, et vont vivre des moments étranges, des échanges, des émotions subtiles dans ces lieux peu connus que sont les ateliers de costume, les ateliers de décors, les salles de répétitions. Il y a des musiciens, des techniciens, une danseuse qui fait danser notre vieille dame, un squelette qui fascine le vieux monsieur.
Nous pensons que le squelette est habité par un danseur ; torse nu, force est de constater qu’il s’agit d’une danseuse. Ainsi les mystères, les frontières entre la vie et la mort, entre la jeunesse
et la décrépitude sont explorées de façon purement intuitive. Une sorte de supplément de bonheur plane sur ce monde composé de musiques, de beaux décors, d’une terrasse ensoleillée où se dégustent des fruits rouges et savoureux. Il règne dans ce film une ambiance de transition entre la vie et l’au-delà qui laisse rêveur, une espèce de promenade sur les berges d’un Achéron sorti de l’imaginaire ému d’un observateur dont il n’est pas possible de deviner s’il a inventé ces êtres fragiles ou s’ils existent et qu’il les observe, les examine, les aime avec tendresse.
Avant de mourir, sans doute souhaiterions nous tous de retrouver de tels moments intenses mêlant toutes les émotions que permettent nos sens, même altérés par l’âge et la maladie. Henry Purcell ajoute avec discrétion l’indicible émotion qui nait et tient en haleine le spectateur invité à méditer sur les possibles façons de vivre avant de s’en aller.