C'est du cinéma « de niche », un film documentaire familial réalisé par un des tous grands cinéastes italiens dont il convient d'abord de rappeler le parcours.
Né à l'aube de la Seconde Guerre mondiale, il ne sera pas des cinéastes néoréalistes, mais marquera un engagement politique et social dès son premier film Les poings dans les poches.
26 titres constituent une œuvre militante, provocatrice, anticléri-cale, antisystème, antimilitariste. Il est le précurseur de scènes de fellation, il milite pour la dépénalisation de l'interruption volontaire de grossesse, pour l'euthanasie, il travaille sur l'assassinat d'Aldo Moro, la maîtresse de Mussolini, etc.
Quelques allusions à sa cinématographie, à ses succès et à ses dif-ficultés émaillent le récit de ce film qui est une réflexion collective, familiale, pour tenter de comprendre ce qui a poussé au suicide le frère jumeau du réalisateur. Et la famille est nombreuse. Il faut
donc faire un petit effort pour bien fixer qui est qui et suivre les très bavards échanges, évocateurs de souvenirs enfouis. Le réalisateur intervient doublement, en se filmant pour que « sa » version de l'histoire se juxtapose, se mêle à celle de ses frères et sœurs, et parce qu'il commente en voix off l'immense quantité d'images, d'éléments nécessaires à la narration, auxquels le spectateur est confronté.
Ce qui impressionne, au-delà des classiques secrets de famille, refoulés, c'est la double lecture de ce drame, celui de la mort d'un jeune homme que l'on croyait sans histoire.
Et pour qui la qualité de la vie semblait passer avant les engage-ments militants, d'où le titre du film. Le film est d'une remarquable qualité quant à la bande musicale et au montage très particulier que permet ce genre de récit. Le voir ne peut attendre, car ce n'est pas un blockbuster !