Mémorable. Un film d'exception, d'une grande originalité dans la mise en œuvre d'un récit que je ne vous ferai pas mais qui se déroule en deux époques, d'une part celle de la jeunesse de la maman à Beyrouth durant l'effroyable guerre qui a meurtri ce pays et ses habitants. Et d'autre part aujourd'hui, la maman, avec la grand-mère et la fille adolescente qui vivent toutes trois à Montréal. Des réfugiées coincées par les non-dits, les secrets qui feront l'objet de découvertes progressives durant le film. Le traitement visuel de l'image est exceptionnel, d'une originalité formelle qui permet d'intégrer des « vieilles photos » au récit actuel, aux images des séquences mises en scène de cette infecte guère que l'on se re-mémore, avec l'Ukraine d'aujourd'hui en toile de fond. Le montage très élaboré permet aussi de comprendre l'enchaînement d'événements qui nous sont révélés par petites séquences, toutes d'une grande subtilité et d'une originalité sans doute induite par le point de vue constant dans le film, celui de l'adolescente qui essaye de comprendre ce qui ne lui est pas dit. La grande richesse et diversi-té de la bande sonore composée de nombreux éléments rarement mixés comme ici, donne une densité supplémentaire au film. L'une des difficultés de ce type de récit sur une longue période est de montrer les personnages interprétés par deux actrices différentes. Et c'est parfaitement bien réussi grâce à un excellent casting. Certes ces dames libanaises aux cheveux abondants et crépus, leurs sourcils très sombres et les beaux yeux noires à fleur de joues rebondies donnent déjà un air de famille à ces comédiennes
très convaincantes. Le couple de réalisateurs développe un travail d'une diversité et d'une originalité formelle et thématique d'une incroyable richesse. Ce film restera sans doute un moment très fort parmi leurs œuvres qui ne sont pas toutes mises en forme de cette façon, cinématographique. Publications, installations, documentaires, enseignements universitaires sont quelques-unes de leurs voies de recherche ; passionnantes. Et ici bien entendu la guerre du Liban est le centre de ces réflexions sur les événements tels qu'ils ont été vécus puis occultés, oubliés, et qui reviennent à l'avant plan d'une génération qui ne peut accepter cet effacement de l'histoire. Amin Maalouf contribue aussi à ce travail mais lui, par la voie du roman. Nous sommes dans des univers assortis comme on le dit de couleurs d'une fresque. Pour en savoir un peu plus sur ces créa-teurs hors normes : [https://www.lespressesdureel.com/ouvrage.](https://www.lespressesdureel.com/ouvrage) php?id=2824. D'autres auteurs se sont confrontés déjà à cette thématique et je rappelle avec une particulière affection Borhane Alaouié dont le film Beyrouth, La Rencontre, en 1981, fût monté par Eliane Dubois. Il y a aussi L'Insulte (467) et Face à la mer (957) qui nous immergent dans cette ville martyr. La boite de mémoire, ce n'est pas seulement celle dans laquelle s'entassent des souvenirs que l'on se promet de ranger un jour. C'est aussi l'appareil photo. L'usage qui en est fait dans ce film superbe en est une illustration brillante, se terminant en apothéose, celle du soleil qui ne cesse de renaître tel le Phénix au-dessus de la ville. S'il y a des films à voir, celui-ci en est certainement un, d'une rare originalité, captivante.