C’est le prénom d’un personnage dont Yolande Moreau va nous conter le destin entre le moment où son épouse décède et le moment où, après un peu d’errance, il revient dans le bistrot-resto qu’il tenait avec la Maman de sa fille.
La fille n’est pas franchement sympa mais elle veille sur le paternel qui en a pris plein la poire en perdant son épouse. Elle servait, lui cuisinait.
Pour la remplacer, une certaine Rosette est engagée, issue d’une communauté d’adultes déficients mentaux, à des degrés divers. Cette relation va être difficile à bien maîtriser. Voyez le film.
Car il est admirable, d’une profonde humanité, mis en scène comme un tableau de Millet, avec des gens humbles, simples, peu intelligents au sens intellectuel, mais d’une qualité humaine remarquable. Le regard de la réalisatrice est superbe.
Elle nous montre des gens souvent quasi muets, réagissant à des situations de rupture. Dans un environnement d’une lourdeur, d’une laideur impitoyable : le nord de la France, la passerelle qui enjambe l’autoroute, les rues, l’horizon marqué par la silhouette avachie d’un crassier qui s’ennuie au milieu des champs boueux, des plages grises comme la mer et le ciel, la pluie... Des frites grasses.
Tous les gens sont laids, disgraciés par la nature, par la vie, par la bibine et cela fait d’eux une cohorte breughelienne somptueuse, décrite sans hâte, sans reproche, sans méchanceté, avec une immense tendresse qui les transfigure.
Pour une fois la caméra est plantée devant une humanité qui n’a jamais droit au papier glacé des magazines de luxe, sauf lorsque les faits divers lamentables la fait sortir de l’ombre, les menottes aux poings. Ici, nous les suivons dans leurs petits bonheurs de colombophiles, leurs repas chaleureux, leurs fins de soirées avec le petit dernier pour la route.
Oui, c’est un cinéma qui relève plus de l’anthropologie que de la fiction, plus de la fraternité que du voyeurisme, avec un talent de toute grande classe, comme celui qui se célèbre parfois après la vision de films américains ou d’ailleurs, totalement dépaysants.
Il faut se laisser dépayser à 100 km de Bruxelles aussi.
Même si le film se termine sans que la fin ne soit la surprise ou l’émotion espérée. Elle est quelconque, tristounette et sans imagination.
La synthèse d’une vie entière ?