Ce film date de 1983 et ressort car il n'a été vu par personne alors qu'il pourrait être vu par (presque) tout le monde. Il est magnifique. Le sujet en est simple : une jeune fille vient à New York pour y ten-ter sa chance. Elle a une relation peut intense avec un journaliste qui enquête sur les mœurs mafieuses. Et elle trouve un petit emploi de caissière dans un cinéma porno. Ce qui l'amènera à s'intéresser à une personne en particulier. A suivre à l'écran.
Ce qui séduit est d'abord la magnifique ambiance des images très
« NTSC » (le standard américain de la télé couleur qui donnaient aux images cet aspect si singulier). Filmés généralement la nuit, en extérieur, avec une ambiance aujourd'hui disparue de néons rouges et aguicheurs, promettant mille rêves érotiques, les plans sont calmes, mouvants sans recherche de nervosité, accompa-gnant les regards scrutateurs. La bande sonore est un régal car elle mélange une musique « d'époque » très accrocheuse, des glousse-ments d'hôtel de passe provenant de la salle de cinéma dont nous
ne verrons aucune image, mais on les devine. Surtout l'on entend un bruitage très subtil du film, en particulier pour souligner les bruits de pas. La réalisatrice est du genre intello universitaire et a peu de films à son actif mais ils ont été remarqués pour leur point de vue féministe très affirmé et complexe. Ici nous sommes plon-gés dans un univers ou la femme est objet, proposée via l'image, sorte de barrière infranchissable, et l'impossibilité d'assouvir ses phantasmes. Et c'est une femme, très bien interprétée par Sandy McLeod qui prend les rênes de ce film noir et qui va mener l'enquête sur un homme mystérieux.
Cette actrice a une carrière de comédienne assez courte mais me semble être proche idéologiquement de la réalisatrice, car comme elle, elle a travaillé à des productions socialement engagées. Bref, un spectacle que l'on croirait de variété et qui, au-delà du plaisir formel qu'il procure, soulève des questions complexes dans les parties les plus sombres de la vie sociale.