Qui dira jamais la douleur ressentie par une mère qui met au monde un enfant qui ne peut vivre. Les chrétiens ne baptisent pas les enfants morts, dont l'âme est destinée à errer dans les limbes, lieu défini dans la théologie catholique comme séjour des âmes de ces enfants morts sans baptême. Difficile d'être plus cruel et idiot comme concept.
C'est à ce drame qu'est confrontée une modeste épouse de pêcheur (de poissons !) italienne au début du siècle dernier. Et nous suivrons sa quête désespérée pour réduire à néant cette offense ultime.
C'est beau, émouvant, inattendu et le récit réserve de belles séquences, des événements imprévisibles, des rencontres fortes dont celle de la personne qui accompagnera le voyage. Et qui va nous réserver une surprise de taille.
Toutes les séquences peuvent être lues avec une dimension symbolique, métaphorique, ou simplement poétique. Elles sont toutes belles, simples comme un voyage initiatique dont vous découvrirez le terme. Un chemin de croix, avec une dimension de Babel car les langues utilisées sont multiples et obscures : le frioulan, le vénète parlés par des acteurs tous amateurs et très authentiques.
Le feu, la terre, l'air et l'eau sont au menu des décors d'un grand dépouillement et d'une sauvage beauté dans lesquels se déroule cette errance, sorte de réponse courageuse faite à celle à laquelle l'âme de cet enfant serait condamnée. Celeste Cescutti porte le film (et pas seulement, vous le découvrirez) sur ses épaules, sous la direction de la réalisatrice, toutes deux débutantes. Et très talentueuses.
Pour situer le lieu, il s'agit du Frioul-Vénétie Julienne (Nord-Est de l'Italie) en partant de la lagune de Caorle dont les images simples et rustiques sont superbes, puis au terme du voyage, très au Nord de Venise et Trieste, dans les contreforts des Alpes où se situe, à l'écart du village de Trava, la très modeste Chiesa di San Miche-le Arcangelo. De nombreux lacs donnent l'occasion de convoquer brièvement dans le récit Charon, le nautonier.
Ce petit corps restera lové au cœur de nos souvenirs les plus tendres.