Imaginez une époque dans laquelle les dinosaures et autres animaux de la même veine seraient intégrés à la vie ordinaire, soit à l'état sauvage, soit traités comme du bétail, soit comme du ma-tériel d'expérimentation scientifique. Imaginez que des intérêts complémentaires, contradictoires, voire antagonistes se mani-festent quant à la gestion de ces animaux. Et vous avez tous les ingrédients nécessaires pour faire rebondir une histoire de pure fiction mais qui a des ambitions quelque peu ampoulées, celles de sensibiliser le spectateur aux enjeux de notre monde, écologiques, sociologiques, métaphysiques et plus si affinité.
Ce qui me dérange essentiellement dans ce genre de récit qui se voudrait rédempteur, c'est qu'il se déroule par des alternances de séquences de blablas et d'actions. Le blabla est abscons et l'action est d'une violence spectaculaire et en parfaite contradiction avec les propos « aimons-nous les uns les autres » qui sous-tendent les enjeux évoqués avec des aires de grand manitou. L'ADN dont on nous rabâche les oreilles sans même savoir ce que cet acronyme veut dire, est l'un des aspects des propos fumeux qui portent sur les génomes et la génétique. Ce qui fascine en regardant se dérou-ler ce conte infantile, c'est l'admirable façon dont les choses sont filmées, truquées, mises en scène, éclairées, montées. Du tout grand art dont la maitrise technique est hélas la limite. Les criquets dévastateurs contribuent à l'angoisse écologique et une société pharmaceutique porte toutes les responsabilités de ces turpitudes qui vont réduire l'espèce humaine à néant ! Bigre...
Ajoutez à cela une bande sonore qui nécessite des boules Quilès et un sentiment de répétition, de déjà dit et vu, qui s'installe assez rapidement, et vous comprendrez que voir ce genre de film néces-site une sincère motivation. Et comme il est un énorme succès commercial, on peut penser que les sujets abordés vont plaider en faveur des accords de Paris...De la fiction, je vous l'ai dit ! Un détail qui (m') amuse : lorsque le groupe d'acteurs fait face aux monstres, voyez comme ils sont tous bien en place dans « leur créneau » pour être vus par la caméra, le regard effaré, la bouche béante. Bref le contrôle parfait de la mise en place sans réelle direction d'acteur.
Le réalisateur a du métier dans les films de « franchise ». Celle de Jurassic ne m'a guère attiré et je ne pourrais faire l'exégèse de toutes les allusions, les références, qui lient ce film aux 5 précé-dents qui ont ramené tant d'argent que l'on en dépense ici avec une générosité de corne d'abondance. Il est bien difficile d'imaginer la complexité de ce type de production qui se tourne au Canada, à Londres, aux USA, en Suisse, à Malte, dans le Pacifique... Le générique de fin est pratiquement un court-métrage et donne une idée de ce qu'est ce genre de produit industriel.
Anecdote amusante : confrontée aux débuts de la pandémie Covid, c'est cette production qui a mis au point les protocoles de sécurité qui se sont imposés pour reprendre les tournages. Annonçant en quelque sorte le « monde d'après » mais pas celui que l'on atten-dait.