Le titre pourrait faire craindre quelque chose de bestial, de violent. N'ayez crainte, le film est tout à fait passionnant et original à maints égards. Nous sommes dans un micro village en pleine montagne, en Galice, où cohabitent mal une famille du cru, dont les deux frères sont des personnages très particuliers et un couple de français. Le seul lieu de sociabilisation est un bistrot glauquissime.
Une divergence entre les anciens et les français va petit à petit devenir un abcès aux conséquences multiples et imprévisibles. L'une d'entre-elles qui m'a particulièrement impressionné, c'est une scène entre la mère et la fille venue tenir compagnie un moment à celle qu'elle ne voit plus guère que par vidéoconférence. C'est admirablement écrit et joué.
L'une des particularités de la situation est que les français sont des gens cultivés, genre « retour à la terre et aux vraies valeurs ». Les espagnoles sont eux des ruraux très limités intellectuellement.
L'histoire est pleine de rebondissements à découvrir à l'écran, mais je les ai ressentis comme très cohérent avec le propos qui est de dépeindre une sorte d'arriération sociale très bien mise en situa-tion.
Vous vous souvenez de El Reino (651) qui avait déjà nombre des qualités dont ce film-ci bénéficie à nouveau : la force des dialogues, une bande sonore très travaillée avec une musique toujours
à propos, ainsi qu'une image sans la moindre sophistication qui ne serait alors qu'en contraste avec la rusticité des vies décrites se-lon une chronologie sans aller/retour explicatifs. Tout ici se lit au premier degré, dans sa rugosité particulièrement bien captée par la caméra.
Du côté francophone, Denis Ménochet admiré il y a peu dans Pe-ter von Kant (996) et Marina Foïs vue e.a. dans La Fracture (887) et, il faut le confesser, dans Barbaque (871). Ici, ils sont tous deux remarquables dans leurs rôles puissants qui nécessitent une immense force de conviction. Marie Colomb, la fille du couple est très convaincante. Et cette famille, comme les espagnoles, n'ont rien de glamour ce qui contribue à la véracité de l'histoire.
Le double titre (espagnole et galicien) utilise le mot galicien de Bestas qui désigne les chevaux sauvages qui, dans le début du film, occupent un peu la fonction d'Ouverture d'un opéra. Si vous le trouvez ensuite un peu long, c'est le moment d'être attentif à la structure narrative, au chapitrage du récit et à la façon dont sont très bien utilisées les scènes de préparation dont la compréhension s'imposera dans la suite du récit.
Un film dont la singularité et les qualités font qu'il est marquant et qu'il vous restera en mémoire.