Orphée et Eurydice au pays des écrans tactiles et de la communi-cation numérique. Nous sommes plongés, longuement (138'), dans un univers coréen très contrasté avec celui du cinéma européen ou américain, et nous voilà embarqués immédiatement et specta-culairement dans une complexe enquête policière. Mais rien n'est clair, n'est évident et c'est ce tourbillon qui fait perdre sans cesse le fil de la narration dont les séquences ne s'emboitent les unes dans les autres que si l'on reste très concentré et attentif à mille détails d'autant que la chronologie n'est pas linéaire, loin s'en faut. Le flic va tomber amoureux de la suspecte, vous le découvrirez parmi tant d'autres éléments qui font de ce film pour cinéphile, une création hors du commun.
Elle se distingue d'abord, me semble-t-il, par une esthétique tant musicale que visuelle, d'une originalité et d'une élégance bien en phase avec la complexité de l'histoire et de la façon de nous la dévoiler de manière apparemment chaotique.
Le réalisateur coréen a déjà une carrière remarquable derrière lui, couronnée en 2003 par le Grand Prix à Cannes pour Old Boy. Il me semble qu'ici, il a cédé à l'attrait de la complexité et au plaisir de la rendre indécodable par la façon dont le récit est mis en image.
C'est extrêmement élaboré, très technologique, le propos est toujours en sous-entendus, en litotes narratives, et l'on aimerait être le Champollion du cinéma asiatique pour déchiffrer chaque plan de ce film primé à Cannes pour la mise en scène. Si vous souhaitez lire une chaleureuse présentation de ce réalisateur de tout premier plan : <https://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_car->ticle=18711437.html
L'actrice, Tang Wei est chinoise, son partenaire, Park Hae-il est co-réen. Et la complexité de leurs échanges nous échappe un peu car c'est de toute manière « du chinois ».
Il y a une réflexion discrète sur l'euthanasie qui, si le spectateur peut la capter dans ce fourmillement d'échanges, ne manque pas de subtilité. La Corée du Sud est bien en avance sur la France par exemple, pour cette question. Le sens du titre du film se comprend sous cet angle, celui de la décision de mourir. Et, petite curiosité amusante, la comparaison entre les affiches belges et françaises.