Une perfection ! Un cri intense, déchirant pour ces deux jeunes, Tori et Lokita, pour que ce qu'ils vivent ne soit plus jamais toléré nul part. Un film d'une tendresse infinie, d'une délicatesse, d'un tact rare, surtout lorsque sont abordés des sujets très difficiles, celui de l'exploitation des enfants, de l'instrumentalisation des MENA (mineurs étrangers non accompagnés), de la soumission des très jeunes filles. L'histoire peut être évoquée en peu de mot : une grande sœur et son petit frère, migrants du Bénin, essayent de se débrouiller ici en Belgique, loin de leurs parents. Lui est en règle de papier, elle pas encore. La suite à l'écran.
Ce qui est particulièrement admirable dans le récit c'est qu'il nous rend témoin et pas voyeur d'un quotidien sans doute ignoré de tous. Mais qui est connu des administrations pusillanimes, tatillonnes et des gens sans scrupules. Nous suivons ces deux jeunes exceptionnellement doués pour interpréter ces rôles d'êtres fragilisés par un destin exemplaire des inégalités Nord-Sud. Nous découvrons un univers inconnu, celui de la culture industrielle du haschich, nous partageons des moments d'une intense émotion qui ne trouvent aucune personne par qui être consolé.
La façon dont la mise en scène fait confiance aux interprètes est spectaculaire car elle repose essentiellement sur de longs plans, filmés de très près, ce qui nous rapproche d'une observation natu-relle du ballet de la vie de ces jeunes gens ne sachant plus où poser leurs pas.
La modernité via les communications téléphoniques, la complicité de ces deux héros d'une vie qui les écrase mais ne les prive pas de leur amitié, le cynisme des personnages qui gravitent sans scru-pule dans ce milieu interlope, tout nous rend cette histoire proche et elle nous indigne profondément.
Lorsque un film « social » est à ce point émouvant, juste, bien interprété, il joue un rôle qui dépasse, et de loin, le simple plaisir d'une séance de cinéma. Et il doit être vu, soutenu, car il interpelle de façon intelligente, nuancée, celles et ceux qui peuvent, qui doivent contribuer à ce que les Tori et Lokita invisibles dans nos cités soient accueillis et entourés du simple respect dû à chaque être humain.