Ce titre abscons est le mot qui, en russe, désigne les faux témoignages et documents visant à compromettre la personne qui est visée par un pouvoir politique pourri qui cherche à donner un ver-nis de légalisme à ses exactions les plus arbitraires. (En russe : компромат, abrégé de компрометирующий материал), signifie littéralement « dossier compromettant ».
Nous voilà dans une contrée lointaine de Russie, à Irkoutsk en Si-bérie (pensez-y pour vos prochaines vacances !) lors d'un spectacle organisé par l'Alliance française, et qui va ulcérer le pouvoir, la cen-sure, et les cons qui en sont chargés au point de persécuter de la façon la plus violente le représentant français de celle Alliance française.
Le récit se déroule longuement de façon chronologique et nous permet de découvrir des scènes aussi réalistes que terrifiantes : arrestation, interrogatoires, mise en cellule carcérale collective, puis individuelle, libération avec bracelet...
C'est d'un réalisme appuyé, un peu lourd, dans une ambiance noc-turne quasi permanente, et l'intrigue m'a semblée tirée en longueur, ce qui n'empêche pas d'admirer le travail.
Les méchants Russes sont tellement caricaturaux qu'ils pour-raient être issus d'un casting pour un James Bond ; mais sans
humour. Le personnel diplomatique français est d'une couardise et d'un manque total de crédibilité qui rendent leurs scènes trop appuyées. Quelques moments « réalistes » qui visent à donner une image déglinguée de la Russie, m'ont semblées très révélatrices de ce pays qui patauge dans son opération militaire spéciale et le ridi-cule politique absolu.
C'est Gilles Lellouche qui porte ce lourd film sur ses larges épaules et il ne renâcle pas à la tâche. Vers la fin surtout, il me semble qu'il essaye même de rivaliser avec Sylvester Stallone ou Harrison Ford. Peut-être un peu avec notre Jean-Claude Van Damme... Mais il n'en reste pas moins le bel homme, urbain, dans la maturité séduisante et ça marche, la talentueuse actrice polonaise, Joanna Kulig, peut en témoigner ! Elle était l'une des nonnes dans Les Innocentes (224) et aussi, brillamment, la chanteuse dans Cold War (551).
Le réalisateur, dont j'avais commenté L'Odyssé*e (315) connait parfaitement son métier (*Largo Winch) mais ici le montage sans doute auraient dû être moins complaisant et accélérer cette aventure distrayante et qui soulève incidemment une question grave, celle de l'innocence face à l'accusation mensongère. Il ne s'agit pas d'une plainte pour harcèlement, mais d'un système politique qui est au banc des accusés dans le film. Prenez place dans le jury, le spectacle est de qualité.