Les plaisirs de l'amour sont-ils réservés aux couples traditionnels ? Tel est le sujet du film. C'est par une très belle chanson du réper-toire français que l'on entre dans le sujet du film : La Javanaise, pa-roles et musique de Serge Gainsbourg chantée par Juliette Gréco. Ici ce n'est pas le temps d'une chanson mais d'un film que l'on va suivre les amours transgressifs d'un père de famille et d'une mère célibataire qui vont essayer le plaisir sans autres promesses, pro-jets ou engagements. Pour accentuer cette relation au jour le jour, le film est découpé en scènes toutes datées, comme un calendrier que l'on effeuillerait au fil des rencontres. Le texte admirablement écrit est servi par deux acteurs d'exception : Sandrine Kiberlain et Vincent Macaigne. Elle compte une soixantaine de rôles au cinéma et a réalisé Une jeune fille qui va bien (941). Elle est simplement magistrale dans ce rôle-ci, aidée par son talentueux partenaire connu comme brillant acteur et metteur en scène de théâtre, il compte plus de 30 rôles au cinéma, e.a. dans Cette musique ne joue pour personne (859) Médecin de nuit (824) ou L'origine du monde (860). Il confirme ici son talent singulier plein d'humour dans le personnage d'un mari, père de famille, mais qui ne résiste pas aux avances sympathiques d'une femme rencontrée par hasard. Emmanuel Mouret qui a réalisé plus de 10 films déjà, nous avait impressionné dans Mademoiselle de Joncquières (539) par l'élégance de son style et de ses dialogues. Il s'est surpassé ici et sa mise en scène est soignée, académique, alternant les décors en pleine nature et les intérieurs accessoirisés malheureusement de façon typiquement « cinéma français », copie de revues d'architecture d'intérieur sans âme. Quelques beaux et vastes décors permettent d'amples mouvements de caméra et donnent au cadre très large du cinémascope ce sentiment de liberté qu'essaye de vivre le couple illégitime. Il y a une tentative un peu maladroite dans la troisième partie du film d'épicer cette aventure sentimentale et bavarde à la Woody Allen, en amenant un troisième personnage. Ce qui nous vaudra une évolution inattendue du couple que nous suivions, que nous écoutions depuis la naissance de leur liaison, sur des musiques de Mozart qui sont élégamment décalées avec la modernité des propos. Et tout cela nous laisse l'agréable impression d'un marivaudage moderne, futile et charmant.
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