Eh bien, moi aussi. Car sous des aspects de « petite comédie à la française » le film aborde avec tact ce qui me parait être un état de cette génération des trentenaires qui ne sont pas des « millé-nium » ni des Y, ni des Z ni des je ne sais quoi, mais simplement des gens qui essayent de vivre, malgré l'ambiance dépressive générale et le deuil. Jeanne nous est montrée dans l'acmé de son travail d'invention qui focalise la planète entière. Et qui va s'avérer être un bide... Ce qui poussera notre Jeanne à devoir tout reconsidérer.
Débute alors ce qui pourrait être une sorte de déclinaison de Jules et Jim, sans la guerre, mais avec deux hommes qui souhaiteraient sans doute être aimés par une Jeanne qui n'est pas Moreau, mais qui, surtout, me semble bien de notre époque. Blanche Gardin est magistrale de naturel et de justesse dans ce rôle riche et complexe d'une femme sur laquelle personne ne se retournerait dans la rue, mais dont la personnalité et la fragilité vont faire que l'on s'atta-chera avec tendresse à ce moment charnière de sa vie. Sa mère est interprétée par Marthe Keller, un petit choc pour celles et ceux
qui se souviennent de cette superbe actrice jeune, au début de sa carrière. Laurent Lafitte est agaçant comme d'habitude, mais son personnage lui va comme un gant. Nunos Lopes, le local de l'étape portugaise et Maxence Tual, le frère, sont trois hommes barbus et relativement interchangeables, ce qui va renforcer cette période d'hésitation de Jeanne dans le cours bouleversé de sa vie. La mère défunte apparait dans quelques séquences ce qui donne à son dé-cès une pesanteur très perceptible. Les pensées de Jeanne sont fugitivement illustrées par de courtes animations assez rigolotes durant lesquelles la voix intérieure s'exprime de façon intéressante.
Et cela n'étonne pas de cette réalisatrice qui est issue du film d'ani-mation et qui se lance ici, pour la première fois, dans un long métrage marqué du sceau que je trouve fécond, du collectif 50/50. Chacun se fera son opinion, mais ce lien me semble signaler une cinématographie féminine de grande qualité et qui apporte au récit une nouveauté, une sensibilité dont ce film est, parmi d'autres, une belle illustration.