Rachel, incarnée très brillamment par Virginie Efira, est prof de français et son couple est en fin de parcours. Elle va rencontrer un autre homme incarné par Roschdy Zem qui semble le parfait partenaire d'un bonheur dont nous allons être témoin. Il est le papa d'une charmante gosse issue d'un premier mariage, qui va nimber cette liaison d'une particulière tendresse, de certains moments de drôlerie, mais les questions difficiles pour une femme qui avance en âge vont transformer les regards des uns et des autres sur la dynamique de cette famille recomposée. Vous apprécierez que, pour une fois, c'est le regard plein de convoitise sur l'homme sous la douche qui suggère l'attirance qui connaîtra d'ailleurs une certaine réussite ! Il m'a semblé que la richesse du scénario qui convoque aussi de nombreuses histoires annexes bien évoquées, souvent amusantes (famille juive, travail des enseignants, routines familiales,...) donne à cette tranche de vie une émotion réaliste très perceptible. Car comment communiquer l'intime réflexion que se fait une femme qui va aborder la quarantaine et qui sait que la possibilité de porter un enfant se réduit comme peau de chagrin ? Le cadrage très généralement en « plan épaule » me semble être la juste image permettant aux spectateurs de partager émotions, réflexions et réactions variées qui s'expriment dans le film essentiellement par l'expression des protagonistes. C'est un des charmes de ce film très touchant.
Certains éléments sont issus de la vie de la réalisatrice : décès de la mère lorsqu'elle et sa sœur sont jeunes encore. La sœur joue du piano, Rebecca apprend le métier de prof, qu'elle ne pratiquera que très brièvement. La réalisatrice compte plusieurs œuvres déjà, en fiction et série télé, comme co-scénariste souvent et elle est connue pour son engagement dans les questions de sexismes liées à la production cinématographique, e.a. Elle est l'une des porte-pa-roles du collectif 50/50 décidément inspirant du cinéma français dans cette période post #Me Too et post covid. L'ambition de ce film est claire, donner de la belle-mère, de la « nouvelle » compagne du papa, une idée moins clichée, et qui ne fait pas l'impasse sur les propres tourments de la femme qui prend part à l'éducation d'un enfant qui n'est pas le sien. La relation entre mère et belle-mère est d'une explicite courtoisie, comme apaisée par la compli-cité de l'affection qu'elles portent au même enfant. L'on sent subtilement le désir de la scénariste, réalisatrice de « dégenrer » les questions évoquées, celle de la responsabilité et du rôle parental, celle de l'enfantement tardif, celle de l'avenir de l'affection d'un enfant lorsque les adultes se quittent. Une fois encore le choix d'une chanson du répertoire donne un prolongement sensible aux propos du film. Il s'agit de Les eaux de mars, une chanson de Antônio Carlos Jobim traduite et interprétée par Georges Moustaki.