Le triangle de la tristesse, nous l'apprenons lors d'un prologue très amusant, est situé non pas aux Bermudes, mais sur le front de chacun, au-dessus du nez. Ce début est un casting très bien caricatu-ré mais assez proche de certaines pratiques. Il vise à induire que nous sommes tous relativement semblables, et surtout interchan-geables.
Ensuite une longue dispute de couple est supposée nous apprendre que les rapports entre les gens, même amoureux, sont devenus des relations d'argent. S'ensuit la séquence extraordinaire d'une croi-sière qui est une « farce » comme Molière les aimaient, venues d'Italie et reprises sur les tréteaux qui ici se sont transformés en bateau de super luxe. Les scènes qui s'y déroulent, les dialogues sont gargantuesques, plein d'outrances mais ils font rire comme au Guignol. Évidemment le bateau va sombrer pour évoquer la fin d'un monde et sur une île déserte la vie doit s'organiser ensuite entre naufragés d'un autre type que les migrants et il faut réinventer le vivre ensemble. Ce qui permet encore d'extravagantes et longues
scènes : boire, manger, survivre en quelque sorte fait l'objet d'une organisation à la tête de laquelle s'impose une personne que l'on n'attendait pas là !
Et pour essayer d'en finir après 2 heures et demi, un ascenseur est découvert qui, sans doute, est la tentation de retourner vers le monde d'avant. Et nul ne saura jamais s'il sera utilisé par nos nau-fragés d'un monde en déliquescence.
Certains moments sont irrésistibles, certains dialogues sont inspirés par le goût du pamphlet, mais le récit semble construit pour plaire à son auteur plus qu'au public. Nous avions découvert Ruben Östlund par ses 2 films TURIST - SNOW THERAPY - FORCE MAJEURE
(104) puis The Square (446). Il reste fidèle à ses extravagances et caractéristiques stylistiques : le baroque, les dialogues qui ont toujours un double sens, les longueurs qui mettent le spectateur à rude épreuve. Mais l'on navigue chaque fois en première classe.