Ce film mérite un bref rappel des prérequis historiques pour l'ap-précier.
Georges Clemenceau (1841/1929) a été deux fois président du Conseil (Premier ministre) de 1906 à 1909 puis de 1917 à 1920. Il est républicain radical, anticlérical et prône la séparation de l'église et de l'état, il est dreyfusard. Le sobriquet de Le Tigre lui est attri-bué lorsqu'il est ministre de l'intérieur. Il cumulera cette fonction avec celle de président du Conseil lorsqu'il l'exercera pour la se-conde fois, en particulier pour négocier durement la paix en 1918, ce qui lui vaudra le sobriquet de « Perd-la-Victoire ». Clemenceau ne se présente pas à l'élection pour la Présidence de la République que Poincaré quitte. C'est après cet épisode que le film débute. Le personnage élu Président sera Paul Deschanel, une personnalité très différente et qui s'était battu en duel avec Clemenceau en 1894. Deschanel est né en 1855 à Schaerbeek, ce qui lui vaudra de se faire interpeler comme « le Belge ». Il sera élu à la Présidence de la République de façon triomphale en janvier 1920. Il souffre du syndrome d'Elpénor qui, comme chacun sait, est le nom du com-pagnon d'Ulysse qui souffre de l'ivresse du sommeil et qui va tom-ber en se réveillant et se tuera dans sa chute. Républicain modéré, Deschanel mourra en 1922, c'est la fin du film.
Tout cela peut paraître un peu longuet pour présenter un film, mais c'est bien nécessaire car le récit est imprégné de ces allusions et il n'a guère de saveur si l'on ne sait pas ce qui inspire les événements évoqués, les répliques très « IIIe République ».
Malheureusement Clemenceau est montré à un moment où son aura est déclinante et où le Président entre doucement dans le dé-règlement mental qui l'emportera. Il n'y pas là de quoi faire un film vigoureux. André Dussolier fait de son mieux et Jacques Gamblin plante un Président inattendu. Le réalisateur en est à son premier film et sans doute le sort de son père « gueule cassée » de la Guerre d'Algérie aura induit chez lui un intérêt pour ces personnages, comme en atteste une scène touchante. Personnellement ce qui m'a amusé dans ce film qui manque un peu de vigueur, ce sont les utilisations d'images d'époques, lesquelles nous relient en quelque sorte à ce que le film raconte mollement.
Et ce que je n'ai pas compris c'est que le tax shelter contribue à financer cette coproduction pour laquelle la Belgique ne semble avoir aucune part. Sauf le sobriquet de Deschanel ; c'est peu !