C'est un film exceptionnel, bouleversant, d'une pudeur et d'une émotion inouïe. Nous avions déjà apprécié de cette réalisatrice le film Aurore (398) dont les qualités se retrouvent ici au centuple. Ses sujets sont liés aux luttes de l'émancipation des femmes. Ce titre est un très mauvais titre. Mais le film un très bon film qui évoque le temps, pas si lointain, où l'interruption volontaire de grossesse était un crime puni par la loi. Tout le film nous immerge dans cette époque un peu (trop vite) oubliée et qui nous est montrée par mille facettes, celles des destins si différents de femmes confrontées à une gros-sesse non désirée. L'intensité émotionnelle ne fléchit jamais et l'humanité, l'empathie si bien incarnée e.a. par cette magnifique actrice Zita Hanrot, la fraternité (il faudrait dire maintenant la « sororité ») qui s'en dégage vous fait monter aux yeux des larmes qui ruissèlent durant pratiquement toute la durée du film. Tout est filmé avec une délicatesse, un tact parfait (celui d'une femme qui sait de quoi l'on parle) et le récit simple que vous découvrirez dit tout sur cette époque pathétique que la loi Veil aura fait changer d'orientation. Sans pour autant que toutes les questions soient résolues, les femmes américaines en savent quelque chose. Le film débute en 1974 (un an après la naissance de la réalisatrice et un an avant la promulgation de la loi Veil, le 17 janvier 1975 !) et permet à la magnifique actrice Laure Calamy de faire la connaissance du MLAC -- Mouvement pour la Liberté de l'Avortement et de la Contraception qui pratique les avorte-ments illégaux au vu et su de tous. L'Événement (924) avait déjà admirablement traité cette question, mais alors du point de vue d'une seule femme. Ici nous sommes dans le « collectif » et cela donne une
dimension très puissante à ce mouvement qui a contribué de façon déterminante à faire émerger dans la société ce qui y était refoulé de façon extrêmement hypocrite comme tout ce qui concerne le corps de la femme. Le film permet de très nombreuses évocations de ces questions, la contraception, le plaisir, la connaissance anatomique de son propre corps, etc. et les rôles des hommes, des médecins ne sont pas oubliés mais traités chaque fois avec une grande délicatesse et une subtilité qui fait comprendre que rien n'est simple ni gagné à jamais. La grande abondance des rôles, souvent confinés dans des décors exigus, rend perceptible l'universalité du sort de ces femmes. Un clin d'œil à Christelle Cornil qui est l'une d'elles. Filmées toujours pour que les regards soient lisibles, dans leur angoisse, leur empathie et leur gratitude, la caméra suit chacune et chacun avec une fluidité exemplaire. La musique d'époque accompagne les événements qui nous sont dévoilés et je voudrais souligner que la chan-son du générique de fin est une bouleversante adaptation du Chant des déportés - Chant des marais devenue L'Hymne des femmes, texte écrit collectivement en mars 1971 et qui me semble avoir autant de puissance émotionnelle que le texte dont il est issu. Ce film devrait être vu par un immense public, celui des jeunes qui ignorent sans doute ce qu'il fallut de larmes et de drames pour arriver au-jourd'hui à une situation déjudiciarisée, celui de la génération témoin et parfois agissante de cette lutte, et les plus anciens qui ont été les victimes figées de drames insurpassables à leur époque. Le film sera sur les écrans en janvier ; réservez déjà dans vos agendas le moment de le découvrir, c'est impératif.