Il me semble nécessaire de dire le sujet de ce film très hermétique : le fils d'un modeste pêcheur est admis dans l'école coranique sun-nite Al-Azhar, au Caire. Le Grand Imam est assassiné et il s'en suit une très complexe enquête assortie de chantages, le but étant d'installer un successeur à la botte du pouvoir.
Inutile de rappeler que l'Égypte n'a pas encore voté la séparation des Mosquées et de l'État.
Et, surprise, ce film est suédois ! Car c'est la nationalité du réalisateur qui n'en est pas à son premier pamphlet contre le régime égyptien : The Nile Hilton Incident (524).
Artiste aux travaux variés et reconnus (graphiste, cinéma d'animation, production « américaine » pour The Contractor) son travail est très raffiné, les acteurs tous excellents, les décors impression-nants et l'image d'une beauté en accord avec les lieux. La mise en place dans les vastes espaces filmés (la Mosquée Süleymanye) est particulièrement graphique, aidée souvent par les tenues et les usages de dévotion. C'est donc en Turquie que le film a pu se tourner.
Suivre l'histoire dans tous ses méandres nécessite une particulière concentration tant les choses sont dites de façon feutrée, sublimi-nale, préférant la litote aux grands déballages.
Il est touchant de savoir que le grand-père du réalisateur était ce fils de pêcheur admis à cette école religieuse dont le moins que l'on puisse dire est qu'elle n'ouvre pas l'esprit à la modernité. Le film lui, contribue avec une particulière qualité à nous instruire dans ce domaine si complexe de pensées et d'usages alternatifs qui règnent sauvagement à nos portes et qui ne sont pas celles du paradis.