Un premier film qui mérite un premier prix pour plusieurs raisons, selon moi.
La parfaite mise en image où se mélangent une histoire très tou-chante et une ambiance mystérieuse, onirique avec certains aspects très concrets, réalistes, celle d'un conte qui pourrait être inspiré par Grimm mais dont le sujet est d'une complexe gravité. Les partis-pris de la narration, très allusive, menée avec une maitrise du récit remarquable et surtout le casting, la qualité extraordinaire de l'interprétation du rôle féminin par Elsa Houben qui est inou-bliable, (elle a été filmée déjà par Jaco Van Dormael pour le plan de la petite fille sur la bouche de laquelle l'ange met son doigt dans Mr Nobody) et le talent du rôle masculin, Quito Rayon Richter, des rôles qui marqueront leurs carrières, certainement.
Nous allons suivre une sorte de voyage initiatique de deux jeunes que la vie a très maltraité. Ils sont en foyer et se rapprochent plus à cause de leurs malheurs à partager que par dilection. Se construit alors une histoire sans doute invraisemblable si l'on veut être tout à
fait cartésien, mais très plausible et qui, surtout est une tentative (désespérée ?) de « réparer » leurs vies débutantes et pourtant si abimées déjà. Elles nous sont dévoilées en trois parties : celle de l'homme, de la femme et celle que vous découvrirez.
Une des choses qui est finement mise en scène ce sont les dialogues/interrogatoires des éducateurs dont on ne voit jamais les visages, anonymisation symbolique d'une société qui ne fait pas de place aux cabossés de la vie.
La forêt est un personnage essentiel de l'histoire, immobile mais si changeante sous les rayons du soleil ou noyée de brumes qui créent une ambiance emprunte de profonds mystères. Les forêts du Morvan ont été le lieu de ce tournage.
La cohérence de la mise en scène, de la musique, des décors, de la lumière, des petites choses qui marquent le récit, tout cela fait de ce film singulier un moment de cinéma touchant et de très grande qualité.