Le récent film de cette réalisatrice belge d'origine turque va sortir sur nos écrans ; et ceux de Turquie. Cette extraordinaire personnalité, musicienne à l'origine, s'est emparée du récit cinématographique avec un rare instinct et une détermination inflexible. Policière pour gagner sa vie, elle a tout naturellement utilisé ce milieu confronté à la tradition familiale turque pour son premier film Sens interdit. Ensuite elle a réalisé contre vents et marrées Faces ca-chées puis Dernière danse, d'autres encore et maintenant ce film-ci qui sera distribué en Turquie par Warner et visible en Belgique dans les salles Kinépolis et Imagix e.a.
Le propos est d'importance puisqu'il aborde de façon délibérément
« film policier » un double sujet très complexe et mal connu : le don et la transplantation d'organes. Il s'agit de drames qui concernent des gens ordinaires, parents, conjoints de personnes pour lesquelles le décès est inévitable, et d'autres parents qui attendent de ce généreux don, fait chaque fois dans des circonstances drama-tiques, la survie d'un être aimé. C'est aussi un commerce qui, selon l'OMS, dégagerait plus d'un milliard de dollars par an sur base d'une estimation de 10.000 transplantations illicites annuelles.
Le film nous fait entrer dans ce milieu d'une façon à la fois très émotionnelle et très bien documentée, même si l'aspect purement
« médical » n'est guère traité. Nous sommes vraiment au cœur dé-chirant de l'amour maternel qui ne peut ni admettre le décès d'un enfant ni ne recule devant rien pour que vive l'enfant tant aimé. Et cette si douloureuse situation attire des personnes sans scrupule qui veulent en tirer profit.
A découvrir à l'écran, avec d'autant plus d'intérêt que le plaisir dû à la réalisation est particulièrement sensible. La caméra est toujours dynamique, à la « bonne » place, spectaculaire tant en gros plans qu'en plans larges, filmés parfois depuis un drone. La musique prolonge les tensions et les émotions de façon très appropriée et tous les acteurs sont d'un naturel qui accentue encore le côté
« enquête » d'un film qui marquera les esprits curieux de ce drame occulté mais qui est « viscérale » dans notre société qui ne veut pas le voir.