Un film très intéressant et bien mené. Il s’agit de revenir sur la folle période Pol Pot qui a ravagé le Cambodge pendant le règne des Khmers rouges.
Le personnage central est interprété de façon très impressionnante, traversant les pires moments qui lui sont infligés avec une cruauté tant mentale que physique, bien montrée, subtilement décrite et qui restitue sans doute assez fidèlement cette folie collective qui a envahi les cerveaux de toute une génération de petits chefs pervertis. Cette perversion de la pensée et ce sadisme des comportements font douloureusement écho à notre époque. Mais Daesh, c’est dans le désert, pas dans la forêt indochinoise.
Le casting comme l’environnement (décors, costumes, lumières...) contribuent parfaitement au dépaysement.
Et l’oppression ressentie rapproche des personnages dont le destin est brisé. Un couple quasi sado-maso s’installe entre l’ethnologue et le Khmer qui jamais ne tuera son otage français. Et lorsque le bourreau sera sous les verrous, sa victime ne viendra pas à son secours. Mais voudra encore une fois le (re)voir.
Il est difficile d’imaginer ce que peuvent être les sentiments, les motivations profondes et secrètes d’êtres que le destin a ainsi confronté à une forme d’horreur à laquelle la libération des camps en 1945 aurait dû mettre fin. Et qui, sans cesse, renaissent.
C’est pourtant à ce mystère vertigineux que nous sommes invités à réfléchir, avec toutes les nuances d’un récit ciselé, d’acteurs subtils, avec des rebondissements qui nous entraînent et grâce au charme du talent de Régis Warnier qui maîtrise bien ce genre de récit.