Les gangsters font naître de superflics, les terroristes engendrent des héros, civils comme policiers.
Quelques jours avant les attentats de Paris, un suspect s'échappe, à Athènes. Puis vient cette nuit inoubliable du 13 novembre et les quelques journées folles qui ont suivi. C'est ce que le film nous rappelle très en détails, mais rigoureusement du point de vue de l'enquête. Elle est menée sous la direction d'un Jean Dujardin remarquable, avec une rigueur légaliste qui nous éloigne de tout aspect cow-boy ou démonstratif dans une tâche accomplie sous une pression maximum : deux terroristes sont encore en cavale.
Dujardin dirige la SDAT (sous-direction anti-terroriste) à ne pas confondre avec les autres départements de la police tels la BRI (Brigade de recherche et d'intervention souvent appelée Brigade antigang) ou la BAC (Brigade anticriminalité) ou le RAID (Recherche Assistance Intervention Dissuasion) ou l'IGPN (Inspection générale de la Police nationale).
Tout le film se déroule au pas de course, dans une tension et une effervescence admirablement bien rendue par la vivacité des plans, du montage, de la bande sonore et du jeu des nombreux acteurs qui incarnent « la force publique », la seule dont on peut accepter qu'elle s'exerce dans un état de droit. L'histoire est restée dans toutes nos mémoires, les images de télévision utilisées nous sont connues pour certaines d'entre-elles (prise de parole du Président Hollande à la télé, caméras de surveillance, portraits publiés à longueur de journaux,...) Le film ne joue jamais sur l'horreur sanguinolente, les attentats sont traités « hors champ » mais une scène à la fin va nous immerger dans ce que vivent parfois, au péril de leur vie, ces hommes préparés à éradiquer la folie des armes à feu qui dévorent des vies, comme les pompiers éteignent les feux qui dévorent tout, et ils se dévouent tous sans compter face à de tels drames.
Le réalisateur a un passé de scénariste et il connait bien la problématique terroriste, ayant réalisé 4 films, dont BAC Nord, Aux yeux de tous et La French, avec Jean Dujardin déjà.
Le scénario de Novembre n'est pas écrit par le réalisateur, mais par Olivier Demangel qui y a travaillé durant des années. Il est agrégé de lettres modernes à Normal Sup puis il étudie le scénario à la FEMIS. Et son travail est récompensé car chaque fait, chaque réplique sont des maillons qui forment une chaîne d'événements, d'informations complexes que l'on découvre et suit de façon très claire. Les actrices sont très convaincantes : Sandrine Kiberlain, Anaïs Demoustier et Lyna Khoudri découverte avec admiration dans Papicha (704) puis Hors normes (707) et Gagarine (819). Mentionnons aussi Jérémie Renier parmi tant d'autres excellents acteurs.
L'une des réussites du film c'est de ne pas s'appuyer sur la dimension dramatique des victimes, au-delà de quelques fugitifs interrogatoires qui seront déterminants, pas plus que la presse et la pression médiatique ne seront utilisées comme ressort dramatique. Le film est consacré à ces héros anonymes restés dans l'ombre qui est leur obligation quotidienne.
Ce film leur rend hommage et évitera que ne tombe dans l'oubli ce qui a été fait et devra l'être encore, à Bruxelles ensuite et ailleurs hélas.