Une gigantesque pièce montée, façon profiteroles (au chocolat noir) dégoulinante de poncifs, de clichés, de lieux communs qui nous mettent de plein-pieds dans le cinéma qui mélange tous les genres : historique, guerre, histoire d'amour, corps à corps de catch pour hordes déchaînées, même La Petite Orpheline, façon Wald Disney afro-descendante. Les concepts sont innombrables qui forment une sorte d'assiette de spaghettis idéologiques inex-tricables, une sorte de King Size pour gloutons optiques.
Tout y passe : la mise à sac du continent africain (façon début XIXe siècle), le commerce des esclaves, le patriarcat archaïque, la poly-gamie, avec un assaisonnement d'anthropologie, d'ethnologie, de déconstruction du colonialisme, l'idéalisme militariste, l'apologie de la force brutale, le dolorisme, l'impossibilité de vivre en tant que métisse, et j'en passe ; le film dure 2 heures 15. Et l'on ne s'ennuie pas parce que tout est très soigné, parfois même somptueux. Les décors, les costumes, la photographie qui réussit cet éternel défi, celui de filmer des peaux noires dans l'obscurité ; vous verrez que les reflets bleus modèlent joliment tous ces corps d'hommes et de femmes très pudiquement vêtus : pas une poitrine à voir, ce qui me semble anachronique ; mais soit, je n'y étais pas.
Le Dahomey où se déroule l'histoire est un petit état inclus au-jourd'hui dans le Bénin, et dont la prospérité reposa sur le com-merce d'esclaves. Les luttes pour le pouvoir y étaient nombreuses et violentes. Et les femmes étaient de la partie, les Agojié dites
Amazones par les troupes de la Légion qui les combattirent en 1892. Agojié signifie dans la langue fon-gbe que nous connaissons tous « Ôte-toi de là ». Cette langue est (partiellement) celle du film, quelques répliques, les chants. Un anglais singulier, dit « pidgin » est utilisé qui se parle avec un accent ouest-africain typique. Le personnage métis du film est sans doute une allusion à Francisco Félix de Sousa, d'origine brésilienne et qui fit fortune du commerce des africains vers l'Amérique du Nord au départ de « la côte des esclaves ». Le royaume d'Oyo était le prédateur de la population voisine qui est l'objet du film, un peu comme le Minotaure en Crête réclamait son lot de jeunes filles à la Grèce.
Le film se déroule au moment où la loi française du 15 avril 1818 abolissant l'esclavage fait sentir ses effets. Les jeunes femmes sont formées au combat et sont une sorte de garde rapprochée du souverain (Kadhafi n'a rien inventé). Un ultime combat aura lieu dans la ville côtière de Ouidah, plaque tournante du commerce des négriers. Ce film de 50 millions de dollars est réalisé par une femme très active dans le métier et pleine de louables ambitions. Le succès commercial de Black Panther (492) a inspiré confiance aux financiers qui ont accordé les moyens nécessaires à cette très ambitieuse entreprise, un blockbuster pour rester dans le voca-bulaire militaire. Il inspire de sincères compliments, liés à cette double ambition : celle de mettre les femmes en valeur, celle de mettre en avant l'histoire de l'Afrique. Ce qui rend la démonstration un peu lourde est cette évidence : qui trop embrasse, mal étreint.