L'acronyme du titre est l'équivalent de I.R.M., imagerie par résonnance magnétique.
Rezonanta Magnetica Nuclear pour donner la version originale. L'imagerie médicale sera utilisée dans le film mais l'on comprend vite que cette façon d'investiguer le corps est évocatrice de la façon dont le réalisateur analyse la société. Et RMN sont les consonnes de Roumanie.
Ce réalisateur roumain remarqué déjà pour 4 mois, 3 semaines, 2 jours puis Au-delà des collines et Le Baccalauréat (343) nous propose un film très politique même si son ambiance est villageoise, façon querelles de clocher, un Don Camillo slave infect et des fêtes durant lesquelles s'entendent les Danses hongroises, le tout avec les relents d'une société en mutation.
Nous sommes à nouveau dans cette région que l'on croit inventée par Hergé pour Le Sceptre d'Ottokar, la Transylvanie. En Italie, il y a le transalpin, ici, c'est au-delà des forêts. On y parle hongrois, bulgare, allemand et roumain puisque cette région est en Roumanie, mitoyenne de l'Ukraine. Une région dont l'histoire est d'une rare complexité. Le récit dans lequel nous sommes immergés est contemporain et repose sur deux axes narratifs : celui de l'homme qui revient d'Allemagne où il était au travail pour gagner sa vie d'une part, et d'autre part celui d'une boulangerie industrielle qui peine à recruter du personnel. Il n'y a pas de travail en Transylvanie et les autochtones s'exilent, mais lorsqu'une offre d'emploi est connue, elle ne convient à personne et provoque l'importation de travailleurs migrants, Sri-lankais. Voilà ce qu'il suffit de savoir pour aller voir un film aussi passionnant que singulier. Nous suivons cette communauté villageoise durant la période qui précède Noël ce qui, dans une ambiance de conte, donnera aux conflits âpres entre citoyens une dimension émotionnelle supplémentaire. Les plans longs, souvent immobiles, donnent le temps de voir et entendre se dérouler la vie de ces différents groupes d'habitants.
La question de filiation est sous-jacente avec les liens grand-père, père, fils, ex-épouse et ex-amie, et donc la perception de la cellule familiale, l'un des motifs en toile de fond du récit. Le croisement de nombreuses thématiques évoquées dans le film nécessite une attention soutenue, certaines se développant plus que d'autres, indépendamment ou en s'entremêlant. Deux éléments intéressants e.a. : l'abattage industriel des moutons que l'on peut « lire » comme symbolique, puis la boulangerie qui est à la fois lieu de préparation de la nourriture fondamentale ou l'hygiène la plus rigoureuse s'impose et le management par des femmes confrontées à des réalités socio-économiques complexes.
Une dimension « européenne » est présente dans le scénario, d'une façon aussi allusive qu'amusante. Pour essayer de surmonter les dissensions croissantes entre villageois une assemblée générale est organisée et filmée en un seul long plan de 17 minutes. Un morceau de bravoure exceptionnel qui dit beaucoup de notre société où l'on s'envoie à la tête des archaïsmes, des préjugés, des lieux communs. Si les Tsiganes ont été éradiqués déjà de cette région, le sentiment de rejet de l'autre peut y renaître à chaque instant. C'est la leçon complexe de ce film, une sorte de reflet de notre société si elle ne se reprend pas et se laisse aller à des valeurs et des réflexes rétrogrades, polonais, hongrois, italiens même ...
Sans doute est-ce comme cela qu'il faut lire la séquence de fin du film qui est imprégnée d'une sorte de symbolique mystérieuse. Le réalisateur fut assistant de Train de vie et l'on peut souligner que la société de production des frères Dardenne est partenaire de cette belle et complexe aventure.