Un beau film ! Très émouvant et parfaitement interprété par tous les membres de la famille qui nous est décrite. Une vieille maman dont le fils, professeur à la retraite, « perd la tête » pour reprendre l'expression de la belle chanson Mon amant de Saint-Jean (paroles Léon Angel, musique Émile Carrara). La fille du professeur interprétée magnifiquement par Léa Seydoux va aussi perdre la tête sous l'effet de l'amour. Elle a une jeune fille, et une sœur. Nicole Garcia, la maman de ces sœurs, bien que séparée du père, s'en sou-cie beaucoup, la compagne du père étant très fragile.
La prestation du père qui s'enfonce dans la dégénérescence céré-brale, Pascal Greggory, est exceptionnelle, comme sa carrière tant au théâtre qu'au cinéma. Un acteur d'un rare talent, il le prouve ici une nouvelle fois.
C'est l'observation intime des émotions de Léa Seydoux qui crée le plaisir particulier du film, l'actrice est d'une intériorité, d'une fragilité qui bouleversent. Elle incarne un peu la réalisatrice, fille d'un traducteur et d'une prof de philo. Je le signalais déjà en commentant L'Avenir (245) dont toutes les belles qualités se retrouvent ici. Tourné sur une pellicule 35 m/m, l'image du film apporte une douceur bienvenue dans les nombreuses scènes filmées dans des lieux de vie des personnes âgées qui en ont tant besoin. Et les décors très étriqués qui sont utilisés pour les intérieurs donnent ce sentiment d'enfermement de ces vies au sens propre comme au sens figuré. Un film qui parle de nos existances, avec tact, tendresse et beaucoup d'émotions contenues. Pour une raison que j'ignore, mais devine, il y a deux affiches de ce film. Celle utilisée en Belgique montre l'image de l'histoire d'amour, l'autre montre la bienveillance d'une fille pour un père qui sombre. Ce sont les deux pôles des histoires qui s'entremêlent, à grand pas : l'on marche beaucoup dans ce film, cela donne du rythme, mais aussi signifie sans doute l'avancement des choses de la vie. Cela nous concerne et nous touche tous.