A ne pas mettre sous tous les regards ! Ce film très puissant, im-portant, a recours à des images, certes nécessaires, mais qui ne sont pas faites pour les âmes sensibles.
Nous sommes dans la deuxième ville en importance d'un Iran sous le jouc des mollahs.
Ville chiite hystériquement religieuse dont un dévoué citoyen ordinaire a décidé d'éradiquer les prostituées.
Ce n'est pas la première fois que le cinéma décrit un tueur en série. L'originalité de celui-ci est de se prendre pour un chargé de mission, une sorte d'adjoint des enturbannés.
Et une journaliste va s'intéresser à cette personne qui passe à travers les mailles des enquêteurs. Voilà ce qu'il suffit de savoir pour se laisser mener dans cette aventure où le glauque, le politique et l'immense souffrance des femmes se mêlent. Jusqu'à la dernière image, nous ne saurons pas comment va se terminer cette enquête puis ce procès.
Mais nous serons confrontés sans complaisance aux actes d'un tueurs qui n'est pas unanimement blâmé.
A n'en pas douter, la volonté du réalisateur est de nous montrer l'horreur pour que nous en prenions la mesure. Mais aussi l'abjec-tion de ceux qui essayent de faire de ce fou malade une sorte de modèle de ce que devrait faire tout bon religieux, soucieux des mœurs dans un état islamique.
Inutile de dire que le film a été tourné ailleurs, en Jordanie, et que l'actrice ne reverra pas de sitôt son pays. Le réalisateur lui est d'ori-gine iranienne, mais est danois et/ou suédois selon les sources, pays où il vit, travaille et produit son troisième film.
L'intérêt du film ne tient pas seulement à la chasse à l'homme en-treprise par une femme, mais aussi à l'endroit où elle se déroule, point de passage du commerce d'opium avec l'Afghanistan voisin.
A ces points d'intérêt s'ajoutent la singularité des relations de la presse avec un pouvoir corrompu et malfaisant, ainsi qu'un ma-chisme sans retenue.
Le cinéma iranien est décidément d'une importance qui dépasse les salles obscures et qui devrait être vu, commenté, contextualisé de façon approfondie car il exprime l'espérance de tout un peuple, la fin de ce que nous percevons comme un moyen-âge archaïque avec son cortège de souffrances incommensurables dont l'actuali-té illustre la tragique acuité.