Le maraboutage et le cartésianisme sont face-à-face dans un récit fascinant et admirablement mené.
Si un procès en assise est l'axe principal du scénario, il y a plusieurs péripéties incidentes qui sont d'une mystérieuse et passionnante complexité. Une professeure d'université qui, au début du film, donne un cours sur un sujet extrêmement sensible, devient en quelque sorte le témoin d'une histoire qui se reconstitue sous nos yeux par les récits qui en sont faits.
La mise en image est d'une sobriété exemplaire, les cadres sont ceux que l'on aurait choisi pour une photo de présentation de chacun des intervenants, les plans généralement statiques se dé-roulent sereinement, sans que le montage ne perturbe le déploie-ment de des exposés. Soyez attentifs aux directions des regards qui tantôt sont fuyants, tantôt face à la caméra, parfois mouillés de larmes.
Quelques rares scènes « de vie » tranchent par le mouvement de la caméra et la façon de cadrer. Le travail des « plans sonores » amène aussi à relativiser ce qui se dit et ce qui s'entend. Comme les remarquables interprètes ne sont pas des visages connus, cela donne un surcroit de crédibilité à ce qui nous est montré.
C'est une plongée interpelante dans le mystère du comportement le plus fondamental d'une mère et nous apprendront ce que sont les cellules chimériques et la difficulté à comprendre la différence entre la raison et la folie. Médée est très naturellement rapprochée du récit et ce sont des images du film de Pasolini qui permettent d'évoquer très à propos ce mythe féminin majeur.
La réalisatrice est d'origine sénégalaise. Elle a travaillé des sujets de courts métrages et de documentaires. Saint Omer est son premier long métrage. Membre du collectif 50/50, le générique atteste qu'elle en est une parfaite et très talentueuse militante !