Dans sa catégorie, ce film est un pur chef d'œuvre.
Le caftan, nom d'origine persane, est une tunique longue riche-ment brodée, selon des traditions très codées, relevant parfois de l'héraldique. Seules les femmes portent ce vêtement au Maroc où se déroulent cette histoire.
Le bleu peut être « roi » ou « pétrole » e.a. variantes de cette cou-leur, mais « le bleu » peut être aussi celui qui apprend à créer cette tenue prestigieuse.
Et sans doute est-ce une allusion au jeune apprenti qui rejoint dans sa très modique mais prestigieuse boutique, un couple dont le mari est « maalem » ce qui, comme chacun sait, désigne les maîtres en matière d'artisanat ou d'art, jugés dignes d'instruire et transmettre un savoir-faire.
Par une succession de séquences qui marquent le fil des jours, nous apprenons à connaître l'intimité de ce couple et les relations subtilement complexes qui le relient à ce jeune apprenti. La suite à l'écran.
Tout le film est tourné avec une focale longue si bien que nous ne voyons que des plans très serrés sur les personnages, si l'on exclut deux déambulations dans les rues de la médina, deux moments au café et le plan très large qui marque pratiquement la fin du film.
La réalisatrice capte une multitude de détails qui sont chaque fois et révélateurs et émouvants par la délicatesse avec laquelle ils sont admirablement filmés par la directrice de la photo et le cadreur particulièrement talentueux. Si bien que l'on s'immerge dans cette histoire, que l'on en est profondément ému. Inutile de dévoiler la moindre chose car leurs découvertes progressives, comme les thèmes d'une musique en trio, se développent mouvement après mouvement avec une vibration intense et une singularité qui nous donnent l'impression d'être de leur famille.
Nabil Ayouch, producteur, est le mari de la réalisatrice, et il fut e.a. réalisateur de Razzia (508) qui déjà, abordait bien des sujets qui sous-tendent ce scénario-ci. Maryam Touzani en était l'actrice. Elle a réalisé Adam (752) avec beaucoup de subtilité et la même comédienne, Lubna Azabal, qui est vraiment exceptionnelle. Il faut aus-si écouter le travail de la bande sonore et la musique originale de Kristian Eidnes Andersen, compositeur danois qui a pris d'intéressantes distances avec la musique nord-africaine pour contribuer à la singularité de cette histoire d'amours.
Vous aimerez ce film qui est programmé le 2 décembre lors du Festival Cinémamed et qui sera sur les écrans à partir du 22 mars 2023