Ce film n'aura pas mon mépris. Il est une sorte de biopic sur une très courte période qui commence le 13 novembre 2015, la journée des attentats de Paris et il se termine peu de temps après.
Nous rencontrons à l'ouverture du film un couple sympa. Hélène est maquilleuse de cinéma et sort avec un copain pour assister au concert du Bataclan ; son mari, Antoine Leiris, reste avec leur tout jeune fils et travaille chez lui car il est écrivain. C'est Pierre Deladonchamps (*Le Fils de Jean -297- Les Chatouilles -587- Eiffel
-865-) qui va interpréter ce personnage dont le texte a été publié et mis en scène déjà au théâtre.
Les faits sont hélas connus, et le point de vue de la narration est très claire : comment vivre un tel traumatisme et le surmonter ?
La critique piétine ce film en lui attribuant tous les défauts pos-sibles et imaginables. A tort !
Car le vrai sujet ne me semble pas être l'histoire dramatique de cette famille qui s'agglutine après cette tragédie. Le vrai sujet, se-lon moi, est l'impossibilité d'imaginer le ressenti d'un être humain ordinaire face à l'horreur extraordinaire. Vous passerez 1 heure 40 à réfléchir aux tragiques situations des familles dont un des membres est tué par un chauffard alcoolisé, au deuil impossible après un crime sans lien avec la personne décédée, aux fémini-cides, aux résistants torturés, aux combattants qui se retrouvent face à leurs bourreaux, à toutes ces personnes qui connaissent un choc dont l'intensité est inconcevable et qui ne savent comment réagir, comment envisager la suite de leur existence.
Une discrète subtilité technique limite la profondeur de champs de nombreux plans, ce qui suggère le manque de perspectives lorsque l'on est victime d'un tel drame ; on ne voit plus clair.
Et j'ai trouvé que ce film est très « nourrissant » par la méditation de l'inconcevable.
Une scène pour illustrer l'intérêt du récit, le moment où le mari et l'ami survivant se retrouvent, l'un avec son chagrin, l'autre avec sa culpabilité, sentiments insurmontables et inconnaissables sans doute sauf à y être confronté.
C'est un réalisateur allemand, expérimenté mais pas encore reconnu internationalement qui s'est emparé du sujet et il le traite de façon classique, avec une narration alternant tensions et émotions. Oui, c'est un peu tire-larme, mais comment l'éviter lorsque l'horreur absolue accable des êtres que rien n'a préparé à ces actes de guerres ?
Le casting rend bien le côté ordinaire, « comme tout le monde » des personnages interprétés par Camélia Jordana, la chanteuse, Thomas Mustin, dit Mustii qui a une carrière de chanteur mais aus-si d'acteur dans le cinéma belge (*Les Survivants -293 - Raw -381
\- L'Échange des princesses -- 463 -) Christelle Cornil que l'on voit de plus en plus fréquemment (*OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire
-830- plusieurs fois avec les Dardenne, dont La Fille inconnue -278-et Deux jours, une nuit -06 - Au cul du loup e.a). et l'irrésistible jeune Zoé Iorio qui joue le fils. Tout ce petit monde est parfaitement ha-billé par Catherine Marchand, histoire de compléter la partie belge de la production tax shelterisée de Frakas, producteur très remarqué déjà pour Entre la vie et la mort -1003- La Ruche -981- Inexorable
-964- Madeleine Collins -939- Onoda -845- Titane -825- La Fille au bracelet -758- Girl -549- parmi d'autres films qui attestent d'une in-ternationalisation de qualité des talents belges. Même s'il faut dé-plorer l'incroyablement médiocre mixage qui rend de nombreuses répliques incompréhensibles. Ce film a deux affiches, ce qui se justifie mal. Mais il aura mon estime.