Le corps sage est l'expression la plus éloquente du langage corpo-rel, si si, vous le verrez dans ce film très passionnant et audacieux. Car il choisit une époque (le début du dernier quart du XIXe siècle), et un personnage cliché jeune par Romy Schneider mais qui, ici, est dans la quarantaine, et la cour de François-Joseph pour nous confronter à l'émancipation de la femme corsetée à outrance tant au sens propre que par un protocole qui va être mis à rude épreuve.
Aucun des aspects de l'oppression physique et sociale ne sont épargnés à cette impératrice qui veut reprendre la maîtrise de son destin. Et de son corps. Sa taille est de guêpe, elle pratique le sport de haut niveau, ses cheveux de 5 kilos nécessitent 3 heures de soins quotidiens...Elle est brillante cavalière, séduite par des hommes qui n'ont pas accès à elle, poussée vers le plaisir sexuel
dans un carcan que les lieux de refuge n'arrivent guère à relâ-cher, entourée d'une domesticité quasi mimétique, son quotidien est sans fard (comme la comédienne), elle fume et ses réactions parfois très démonstratives attestent de sa volonté d'en finir avec cette condition d'épouse esclave. Au-delà des très beaux décors, des mises en scène dignes d'une chorégraphie parfois, le film in-terpelle sur la condition féminine, au sens large, illustrée par de nombreux éléments symboliques.
L'eau pour nager ou se laver est l'un d'eux, allusion au baptême et la fin totalement imaginaire choisie pour le film, est sans doute une sorte de retour vers la cavité amniotique, lieu féminissime s'il en est ! Sissi s'attribuera le surnom de « mouette des mer » ce qui, peut-être, inspira la réalisatrice pour la fin de son film.
Un film dont la lecture ne doit pas se faire d'un point de vue historique, mais sous l'angle de l'envie d'en finir avec cette tartufferie
« serrez ma haire avec ma discipline » qui est une contrainte tant physique que morale et sociale imposée aux femmes ; aujourd'hui encore !
La réalisatrice autrichienne n'en est pas à ses débuts mais sans doute pour la première fois va-t-elle toucher un vaste public inter-national et la comédienne Vicky Krieps qui incarne l'impératrice Elisabeth n'y sera pas pour rien. Cette actrice luxembourgeoise polyglotte a été remarquée e.a. dans Phantom Thread (478) Le Jeune Karl Marx (451) De nos frères blessés (958) et elle sera bientôt Anne d'Autriche ! Elle est absolument percutante tant elle donne de caractère à la personne qu'elle incarne, ce qui n'est pas rien en l'espèce !
Points de repère à lire avant ou et après la vision du film :
Sissi (1837-1898) est la quatrième enfant de Maximilien et Ludovica de Bavière. Lui est de la branche cadette, elle de la branche ainée. Ils n'ont rien en commun et bien marier leurs filles est devenu essentiel.
François-Joseph Ier, empereur d'Autriche, aurait dû épouser une princesse de Prusse, ce qui ne sera pas accepté ; puis une Bavière,
Sidonie d'abord, puis, Hélène et enfin, sa jeune cousine Elisabeth, dites Sissi (ou Sisi) dont il tombe amoureux. Il a 23 ans, elle pas encore 16... Ils se marient le 24 avril 1854.
Le film commence 25 années plus tard, marquées par une intense activité politique (la Guerre de Crimée, déjà...) et autres alliances.
Mais aussi par 4 naissances :
Sophie (1855-1857), Gisèle (1856-1932) qui aurait dû épouser Louis II que l'on voit dans le film, Rodolphe (1858-1889), qui épousera Sté-phanie de Belgique. C'est le Rodolphe que l'on voit aussi dans le film et qui meurt à Mayerling en 1889. Et la cadette, Marie-Valérie (1868-1924) qui épousera un prince toscan.
C'est durant la guerre entre François-Joseph et Napoléon III que Sissi se consacre à la vie hospitalière. Le 8 juin 1867, Elisabeth est couronnée Reine de Hongrie, avec son mari. C'est la naissance de L'Autriche-Hongrie...
Retenez bien tout cela car un prochain film Sisi & Ich est annoncé pour 2023...