L'humour autrichien est à l'humour ce que la choucroute est à la fine cuisine. Comme j'adore la choucroute, je me suis régalé de ce film qui nous fait le portrait d'un crooner complétement has been dont l'activité est d'animer en saison d'hiver, des après-midi dans des hôtels en bord de plage fréquentés par des bourgeois nantis, désœuvrés, essentiellement des femmes finissantes qui essayent de s'y désennuyer. C'est absolument incroyable, fellinien et d'un cynisme que certains trouveront hilarant. Il est un peu dommage que l'antagoniste (dont je ne vous dirai rien) intervienne un peu tard dans le cours de l'histoire car le film semble se répéter avant cette rencontre qui va réorienter le récit de façon dynamique et inattendue. Lorsque les scènes se seront toutes succédées telles les chansons sirupeuses d'un récital pour casino en faillite, l'histoire va s'arrêter comme si l'on renonçait à connaître la suite, car elle se devine.
Ce réalisateur n'en est pas à son premier opus sociologique. Pa-radise : Love (026) donnait une parfaite idée de ses thématiques reprises ici avec volupté. Le cinéaste se veut observateur, il film
en plan larges, généralement immobiles comme pour accentuer l'évidence d'une vie qui n'est que de tromperies consenties, de faux-semblant qui visent à dissoudre l'ennui, à masquer la vacuité d'existences crépusculaires.
Le choix du décor est particulièrement parlant, une côte adriatique désertée, où la pluie, le brouillard et la neige sont les métaphores bien adaptées à ce déclin de nos propres vies.
Le personnage étonnant de Richie Bravo est magistralement interprété par Michael Thomas sans qui le film sans doute, n'aurait pu tout simplement exister.
Un autre film se prépare qui présentera la vie du frère. L'acteur bouleversant qui incarnait leur père est décédé après une ultime prestation qui donne au film un surcroit d'émotion.