Il est des personnalités tellement marquantes qu'elles forgent l'Histoire qu'elles ont contribué à écrire. En Belgique, il en est peu et sans doute Paul-Henri Spaak est-il l'une de celle-là. Ce film qui lui est consacré le rappelle de façon remarquable, en suivant la chronologie d'une vie peu ordinaire, en contextualisant les différentes époques de son action nationale et internationale, en commentant par une voix off ce qui doit l'être, parfois par le récit, parfois par une adresse directe au personnage qui nous est conté et montré avec une grande richesse d'archives.
Rare sont les personnages ayant agit entre les années 20 et 60 du siècle dernier avec un tel retentissement : avocat il défendit les ob-jecteurs de consciences tel Léo Campion, ministre plusieurs fois, notamment à Londres, opposé au roi Léopold III, président de la première Assemblée des Nations unies, il joue un rôle déterminant lors des drames qui suivirent l'indépendance du Congo. Actif aussi dans la création du Bénélux puis de l'Europe par le traité de Rome, avant d'être secrétaire général de l'OTAN, Spaak fut de toutes les entreprises démocratiques qu'il fallait mettre en place après la guerre pour en éviter une autre.
Bon sang ne peut mentir, dit-on, et en effet sa mère fut la première femme parlementaire, issue de la famille Janson, libérale. Mais elle
choisit de militer au parti ouvrier et y entraîne son jeune fils qui servit ensuite le parti socialiste avant d'adhérer au Front démocra-tique des francophones (FDF) devenu Défi, pour s'opposer au na-tionalisme flamand, vision prémonitoire si l'on considère ce que la NVA et le VB nous préparent pour 2024, entrainés par le succès des droites radicales en Europe.
Je ne peux passer sous silence la personnalité d'un des frères, Charles, auteur à succès de scénarios tels que La Grande Illusion et Le Banquet des fraudeurs (327) qui parle de la construction du Bénélux !
Le film qui nous est proposé est véritablement une leçon d'histoire, palpitante, un rappel pour les « anciens » et un indispensable moyen pour connaître ce qui a fondé notre paysage politique belge, euro-péen et mondial actuel. Le réalisateur avait traité déjà un sujet, historique s'il en est, avec la même maitrise : Modus Operandi (007).
Avec Spaak, c'est aussi un bien agréable moment partagé avec un homme qui était très humain, plein de ces petites choses que le film nous montre pour rapprocher ce monument extraordinaire du quotidien ordinaire.