Un film à entendre autant qu'à voir parce que la voix (et le talent) de la chanteuse, objet de ce biopic, sont absolument sublimes. Rhythm and blues, gospel, soul, RnB, experte du mélisme (capacité de chanter plusieurs notes pour la même syllabe), Whitney Houston est la Callas de la chanson américaine des années 1980 et 1990. Elle a eu tous les succès que son talent immense et original lui permet-tait d'atteindre avec sa voix, unique.
Rappelons quelques films biopic qui se nourrissent des vies de chanteurs et chanteuses, et bien souvent de leurs tragédies per-sonnelles de toxicomanes : Podium et Cloclo, Ray, Amy (139) Miles Ahead (270) Dalida (345) Django (404) Barbara (429) Maria by Callas
(488) Bohemian Rhapsody (557) Rocketman (665) Judy (741) Respect
(847) Aline (875) Elvis (989) Moonage Daydream (1030), et sans doute j'en oublie... Ce biopic-ci n'échappe pas aux schémas habituels du scénario qui deviennent très voyants, encombrants même : la jeunesse avec ses traumatismes, les parents qui jouent des rôles plus ou moins déterminants (ici quelques scènes père-fille sont édifiantes), le manager omnipotent (Clive Davis, dont la carrière est fascinante et qui coproduit le film) le conjoint plus ou moins préda-teur, la problématique de l'enfant né du couple, puis après les feux de la gloires, les cendres qui ternissent les plus sublimes succès.
Ce film-ci est singulier parce que s'y glissent incidemment la question de l'homo et bi-sexualité, du racisme paradoxale (Whitney Houston fut accusée de chanter comme une... blanche !), les ten-tions extrêmes entre père, manager, mari et amante, le soutien à Mandela, les différences de cultures religieuses, une allusion ténue à sa carrière d'actrice dans un film au moins, Bodyguard. Bref des
moments de sa vie qui singularisent cette carrière ayant atteint des sommets en disques vendus, en revenus et récompenses, cela souvent comme la première femme et noire de surcroit à atteindre ces sommets. Tout cela nous est montré avec talent tant celui de l'interprète Naomi Ackie que celui de la monteuse Daysha Broad-way, aussi afro-descendante, et de la réalisatrice dont je n'ai vu aucun de ses 6 films précédents ni ses épisodes dans des séries. Naomie Ackie est éblouissante tant par la réincarnation physique (maquillage, dents, perruques,...) que par ses prestations vocales qui sont les enregistrements (inexistants) des débuts de la chanteuse et qui sont magnifiquement assortis avec les remixes pour le cinéma des enregistrements de Whitney Houston. Pour apprécier à sa juste valeur ce film « de fiction » il faut se souvenir du biopic « documentaire » Whitney (538) réalisé par Kevin Macdonald. Il existe aussi un téléfilm Whitney Houston : Destin brisé que je n'ai pas vu.
La comparaison méthodique de tous ces récits biographiques d'artistes de variétés permettrait sans doute nombre d'enseigne-ments, comme la recherche des « invariants » scénaristiques des biopics évoqués plus haut. Mais cette réflexion ne doit pas altérer le simple plaisir de se laisser aller au talent à l'état pure, même si certaines transitions que le récit nécessite, sont parfois caricatu-rales ou trop brèves eu égard aux sujets effleurés. Pendant 146 minutes, vous entendrez Whitney Houston chanter 22 de ses titres. Et l'une des petites frustrations qu'engendre le film, c'est de ne jamais assister à la genèse de ces titres ; qui les écrit, qui les compose, quels sont les musiciens qui l'entourent ? Reste le sentiment que l'on pourra toujours l'aimer.