Ce titre étrange pourrait se traduire par « courtier », ce mot qui désigne les entremetteurs, les intermédiaires pour une transac-tion. Ils sont deux ici d'un genre très particulier. Le film est exploité aussi sous le titre Les Bonnes Étoiles.
Le film met en présence une (très) jeune maman qui semble réso-lue à abandonner le bébé qu'elle a porté contre son gré. Cet enfant est pris en charge par de louches individus qui souhaitent trouver acquéreur contre monnaie sonnante et trébuchante. Mais deux jeunes policières suivent ce négoce de tentatives de vente de ce nourrisson, en se goinfrant de façon vorace durant leurs planques. Ce qui est intéressant dans le film, c'est de voir que de ce projet sordidissime (je vous laisse découvrir quelques aspects qui ne re-lèvent pas de la charité) n'empêche pas certains sentiments qui se font jour, compliquant les démarches, modifiant les critères, et faisant transparaitre une forme d'humanité à la coréenne bien complexe à déchiffrer selon nos habitudes de comportements à l'occidental. Un tout jeune garçon est mêlé à l'histoire sans quitter son ballon de foot.
Pour créer cette mouvance en eau trouble, le film se déroule essentiellement en déplacements, souvent la nuit et sous les averses.
Les lieux de rendez-vous et de brefs séjours sont cradingues et donnent un côté « film noir » à ce qui pourrait sembler inspiré par la dérive du couffin de Moïse dans une arche qui prend ici l'allure d'une camionnette pourrie.
Ce réalisateur prolifique est issu du documentaire et il y a dans sa façon de filmer sans effet, sans excès de montage, cette préoccu-pation discrète d'observer, de suivre ses personnages sans forcer leurs comportements dans des mises en scène qui ambitionne-raient le spectaculaire. Ce fut hélas un peu le cas dans ce « méta-film » La Vérité (764) mais il y avait eu e.a. After the Storm (427) et Shoplifter (573) qui, en japonais, illustrent bien ce cinéma du « réel recomposé » pour nous immerger et nous dépayser de façon très accentuée cette fois encore plus car nous sommes en Corée. Et la bande sonore est riche d'une musique classique qui apporte une sorte de douceur en contrepoint du sujet inévitablement difficile de l'instrumentation d'un nouveau-né. Ce qui, à mes yeux, rend le film particulièrement sensible et intéressant, c'est le dépaysement complet dans lequel nous sommes immergés, sans nos codes habituels qui définissent le bien et le mal.