Ils tirent en longueur. Il faut dire pour leur défense que filmer des soldats en uniforme ayant la peau noire, dans des tranchées, la nuit, cela ne facilite guère la différenciation des personnages. Omar Sy, l'acteur principal et coproducteur, est aussi mauvais qu'à son habitude, malgré ses efforts pour parler dans la langue des peuples Peuls qui ont subi durant la première guerre mondiale un recrutement forcé de conscrits tel que celui pratiqué sans doute pour l'esclavage. Tout cela pour servir de chair à canon en échange de la vague promesse jamais tenue d'être considérés ensuite comme de vrais français.
Alors rendons à ce film son principal mérite, celui de mettre en lumière un aspect de l'histoire resté dans l'ombre, celui de l'apport massif des peuples d'Afrique noire à cette boucherie atroce qui tua une quantité innombrable d'hommes fauchés en pleine jeunesse. Pour rendre ce drame plus perceptible encore, le scénario essaye de développer maladroitement les liens père-fils dont ce qui les oppose est de savoir s'il faut servir ou trahir et fuir.
L'on sent bien aux cadres serrés, aux dialogues très ordinaires, que l'idée est d'être au plus près de ces hommes que la folie transformait en morts en sursis.
Mais hélas la dimension attendue, une réflexion en profondeur sur la singularité des soldats africains, reste un peu superficielle et il n'y a pas d'intrigue forte qui donnerait au film la tension qui lui manque. Alors place aux polémiques autour de cette question pathétique du soldat inconnu, du racisme qui pousse la « fachosphère » à mépriser ce film qui ambitionne de réhabiliter les Africains et mettre en évidence leur rôle héroïque durant une guerre où les officiers français (des vrais Français de souche quoi) n'ont pas tous été des héros eux.
Bref, la France va tirer à hue et à dia en se querellant sur un sujet qui n'est pas celui du film. Mais le film y fait allusion avec une regrettable maladresse qui est due essentiellement aux faiblesses du scénario.