Mon très cher Yves,
Le film que nous avons eu la joie de découvrir dimanche soir est un plaisir sans retenue ! Tout en fait un spectacle attachant, intéressant, touchant.
Le casting est remarquable tant pour les acteurs et actrices très confirmés que pour cette bande de collégiens parfaitement crédibles.
L’image, toujours soignée, contribue parfaitement à créer cette atmosphère « d’autrefois ». Ce double éloignement : celui du temps et du lieu. Le cadre qui marque clairement l’espace et les points de vue recherchés, intéressants, les mouvements qui accompagnent le regard et les émotions.
Les costumes comme les décors, si bien accessoirisés, recréent une ambiance parfaitement en cohérence avec le récit de l’époque.
Une chose m’a particulièrement touché, c’est la qualité de la langue, l’intérêt singulier des dialogues, la fréquentation subtile et diversifiée des auteurs qui inspirent fondamentalement ce lien filial. Il se construit sur une maîtrise du verbe qui aujourd’hui s’étiole vertigineusement et en particulier dans un art ou l’image se substitue trop souvent au sens que donne la pensée mise en forme.
Je n’ai pas été entièrement surpris par ce film que j’avais lu en Commission, l’hiver 2007.
Et au risque de te paraître un peu imbu de mes commentaires, je ne résiste pas à citer ce que j’écrivais lors de ton « premier passage » que j’avais soutenu aux deux tours.
Le cercle des poètes réapparus.
Un projet parfaitement équilibré. C’est spectaculaire sur le plan des relations psychologiques, bien mené dans le cours de l’année scolaire, avec des caractères, des personnages qui retiennent l’attention.
On aimerait être ébloui. Ebloui par la qualité du casting, par la nouveauté, la séduction de la mise en scène, l’exigence artistique de la mise en images de cet univers plein de promesses.
J’aimerais parier sur la possibilité d’un film grand public, un peu historique, un peu affectif. Et bien écrit, avec une possibilité de dialogues attachants ».
Toutes mes espérances sont comblées ! Et bien au-delà. Cela est dû essentiellement à l’harmonie que tu as su créer entre tous les éléments constitutifs du spectacle cinématographique.
La musique et la bande son créent l’ambiance, l’époque. L’image est belle, vue sans agressivité.
Le rythme intrinsèque des scènes et du montage en général soutient l’attention de façon continue et - chose rare - de façon croissante.
Car en fait, l’essentiel est l’histoire, et elle est bien contée. Il y a une mise en place parfaitement maîtrisée à la fois des présentations, disons, psychologiques ou comportementales d’une part, et d’autre part des éléments d’information, factuels qui charpentent le récit.
La mère apparaît par sa voix, par son courrier, puis on la découvre chez elle. Lorsque chacun soupçonne que sa confrontation avec Vapeur sera la révélation, celle-ci n’a pas lieu. Elle est différée à la toute fin comme un piège dans lequel ni le père ni la mère ne tomberont.
La maîtresse pianiste (on n’est pas une Vandernoote impunément) est seule à détenir le secret et elle ne cèdera pas à l’émotion.
Et puis toute l’élaboration progressive de la capacité de l’adolescent à maîtriser l’écriture est rendue très crédible par cette relation singulière d’abord, plus privilégiée ensuite, exclusive enfin lorsque Vapeur revient après la fermeture de l’école, chaussé de rouge. Tout son « tutorat » littéraire est très finement et pertinemment montré, que ce soit par son apprentissage collectif ou ses commentaires personnels sur le travail de son « fils ».
Un roman qui commence par « Après ».
Cette évolution, de cette observation subtile des rapports et de la formation du passeur de lumière à l’apprenti qui voyage vers la maîtrise, est certainement ce qui m’a le plus touché.
Et comme dit Vapeur, il a reçu son salaire !
Nous aussi nous sommes repartis contents. J’espère qu’il en sera de même d’un nombreux public, celui qui attend de bonnes occasions pour se réconcilier avec notre cinéma francophone.
Treize copies me dit-on ! Cela ne peut que porter chance à ce film qui mérite la plus belle de toutes, celle bâtie sur le talent, avec une grande sagesse, une force aboutie en toute chose et que l’Équipe en soit remerciée et surtout ce sentiment de beauté qui parle au cœur et je l’espère, à une large audience.
Bravo et bonnes suites à ce film très attachant. Bien à toi.