Une pépite, un film documentaire de création d'une rare qualité, merveilleusement imaginé et réalisé par deux personnes encore peu ou pas connues au bataillon : l'une est française et a été for-mée aussi en Suisse, l'autre (facile...) est Belge et a déjà écrit et ré-alisé deux films de long métrage dont Drôle de père qui a été copro-duit par les frères Dardenne (qui la soutiennent dans son prochain projet) et un certain Martin Scorsese qui coproduit encore ce film magnifique avec un très large soutien belge.
De quoi s'agit-il ? Une sorte de portrait d'un hôtel mythique de Man-hattan (Le Chelsea Hotel pour ceux qui connaissent) qui accueille depuis les années 60 des personnalités toutes liées à la création sous toutes ses formes. D'importants travaux de rénovation dans l'immeuble permettent de s'y introduire presque par effraction pour aller à la rencontre tant des personnes qui y vivent toujours que des souvenirs impressionnants qui font rêver dans ces murs. La manière dont tout cela est entremêlé, le rythme du montage, l'émotion (et les sourires) qui naissent de ces portraits, de ces
personnalités est fascinante comme un opéra majestueux, car la bande sonore aussi est construite avec une connaissance et une maîtrise exceptionnelle de l'environnement musical d'alors.
Tout est en finesse, en allusions, et le regard posé sur cette époque effervescente et révolue est empreint d'une bienveillance discrète et pleine d'humanité. L'on sent bien qu'une des questions porte sur la pertinence d'une rénovation des lieux à visée commerciale, ver-sus le souci de maintenir en l'état un hôtel que d'aucuns rêvent de voir classer.
Pour nous faire croiser ces nombreux fantômes de légende, les images d'archives s'entremêlent avec une virtuosité technique qui donne au film une singularité visuelle qui fait honneur aux créa-teurs innombrables qui l'ont inspirée. Nous les croisons dans les couloirs, les chambres, la cage d'escalier, avec un immense et rare plaisir.