Un film merveilleux, car il nous amène aux confins de notre planète, dans les terres désertiques du Groenland et aux limites de ce que l'être humain peut entreprendre grâce à sa détermination, son intelligence et sa vue pénétrante sur l'avenir de nos ressources.
Nous allons suivre deux hommes dans la force de leur jeunesse, habités par une volonté inflexible et un rêve sans limite, celui de traverser ces terres pratiquement sans vie et d'y collecter de précieuses informations scientifiques sur l'évolution de notre climat et de cette immense réserve d'eau dont les fragiles équilibres sont menacés.
Le périple de ce duo emmitouflé se fera en trois parties : la glace, l'eau et les falaises. Les images sont majestueuses de beauté, d'ampleur et de singularité. Le réalisateur les a recueillies en accompagnant ces deux hommes trois fois durant plusieurs jours de leur périple. Quelques interviews des scientifiques qui encadrent l'expédition et qui vont analyser les prélèvements, donnent un supplément d'intérêt et de sens à cette aventure dont les participants n'ignorent rien des mortels dangers qu'ils défient.
L'on pourrait craindre que ces silhouettes harassées par la charge qu'ils tirent finissent par lasser, comme leur périple en kayak le long des côtes, ou l'éprouvante et spectaculaire ascension lente et vertigineuse. Et bien pas du tout ! Le spectateur intériorise l'effort dont il est le témoin admiratif, et il est amené à méditer les motifs complexes qui donnent cette incroyable énergie telle que celle d'Henri Guillaumet disant à ses sauveteurs dans les Andes enneigées « Ce que j'ai fait, je te le jure, jamais aucune bête ne l'aurait fait ».
La musique soutient parfaitement les moments qu'elle rythme parfois de façon véhémente, le montage est fait avec ce sens subtile des choix des plans qui dialoguent par leur succession, par leur pertinence et leur intensité propre. Vous m'en direz des nouvelles dans la troisième séquence, celle de l'escalade !
Le spectateur ressent bien qu'au-delà du plaisir de raconter un exploit, il y a aussi la joie de montrer qu'il est possible de se dépasser si votre volonté vous y amène. Car traverser les immensités blanches sans les polluer, c'est bien, mais traverser sa propre destinée pour en faire un exemple, c'est encore mieux. Et le film démontre que les deux vont de pair.
Visible sur Proximus dès le 3 février, diffusé à la RTBF le 7 mars puis sur Auvio.