Qu’est-ce qu’un film « de droite » ? Il ne suffit pas de dire que c’en est un exemple parfait, encore faut-il expliquer pourquoi.
D’abord le personnage ; c’est un biopic ! Abruti, élevé à la schlague, macho, il n’a d’autres concepts abstraits que servir la nation en faisant la seule chose qu’il sait faire, et très bien : tirer au fusil et se battre, abattre des êtres humains comme du gibier.
Le contexte : l’intervention américaine en Irak. Certes, cette question est digne d’être traitée au cinéma comme ailleurs. Ici elle n’est ni traitée, ni discutée, ni présentée avec nuances. C’est le diable en action et l’archange rédempteur. La confrontation entre le mal absolu et, non pas les valeurs, mais les certitudes imposées.
C’est aussi un film prônant une forme narcissique d’individualisme exacerbé. A part le héros et son épouse (très mauvaise actrice !) il n’y a aucun personnage secondaire qui soit mis en place, structuré, actif de quelque façon que ce soit. Des officiers aboyeurs comme vu 100 fois déjà, des troufions interchangeables dans leurs tenues de combat, quelques amitiés vaguement viriles, façon salle de musculation, un frère qui apparaît de loin en loin, des blessés et des morts, pas plus qu’il n’en faut, mais nécessaires pour refaire le plein du réservoir de haine.
Ah ! Le drapeau étoilé, subtilement plié et offert à la veuve éplorée, scène qui préfigure celle, identique, de la mort du héros.
Les propos échangés dans le film sont généralement limités à 10, 15 mots ; et d’une rare vulgarité. Un monde d’abrutis qui se croient
investis d’un devoir sacré, celui de défendre les valeurs suprêmes des États-Unis. Et ils semblent y croire, les bougres.
Bien entendu, tout cela est filmé de façon très efficace, avec des moyens de super production. Mais qui ne suffisent pas à emporter le spectateur. Il faut dire que ce qui n’aide pas, c’est le découpage en quatre époques passées au combat, avec retour à la maison : fornication, grossesse, enfant 1 puis 2, qui vont grandir dans un climat rendu très particulier par ce père considéré comme un héros mais qui n’est pas capable de formuler une phrase de plus de 10 mots.
Tout au long du récit, amidonné dans une idéologie caricaturale, les certitudes infantiles rigidifient les comportements et rendent la suite tellement prévisible qu’on finit par s’ennuyer un peu comme si l’on avait vu déjà le film.
Peut-être des moments plus marquants : les contacts avec les irakiens. Ils sont montrés comme des sous-hommes, assassins assoiffés de sang, fourbes et médiévaux. Bien entendu, ce n’est ni du racisme ni des préjugés ; c’est la vraie vérité. Celle que l’histoire gardera comme justification d’avoir utilisé ses habitants comme des cibles de stand de tir de foire.
Bref, les défenseurs acharnés de la vente libre des armes, de leur utilisation contre des gens qui sont chez eux, les racistes blanchâtres, les conservateurs crispés, peuvent faire des longs films ; ils ne seront jamais grands car cela demande du talent et du cœur.