Le grand intérêt de ce film est plus historique que cinématographique.
Le titre est issu du mot arabe « harka », mouvement, et désigne les algériens enrôlés dans l'armée française comme supplétifs (des enrôlés « temporaires ») durant la guerre dite parfois de libération. Il en a été recruté plus de 200.000 ! Nombre d'entre eux (60, 80.000 ?) furent massacrés après l'indépendance, d'autres (42.500) ont pu rejoindre la métropole et bénéficier des accords d'Évian qui auraient dû les préserver tous. Certains furent recrutés en France dans la police dirigée par un certain Maurice Papon !
C'est la décision du 15 avril 1962 de désarmer les Harkis qui est l'intérêt central du film, car certains officiers français se sont oppo-sés courageusement à cet ordre et ont été actifs pour organiser leur départ vers la France.
Et ce n'est qu'en 1974 que les Harkis reclus dans des conditions de vie déplorables, obtiennent le statut d'anciens combattants. Ce statut ne sera reconnu aux survivants d'Algérie qu'en 2010 ! Le film ne peut évidemment aborder ce dossier complexe dans toute son étendue, mais de façon très sensible, il en fait ressentir sans doute les points essentiels dans la phase qui précède les rapatriements. Nombres de séquences sont intimistes et mettent face à face trois choix : rejoindre le FNL, accepter de servir la France, ou ne pas s'en mêler. Ce qui vous travesti en héros, en salaud ou en lâche.
Évidemment le sujet fait remonter à la mémoire bien des douleurs, celles de la torture, celle de l'abandon tant des pieds-noirs que des Harkis, celles vécues après une autre guerre dont certains ont servi les mauvaises causes et ont contribué à d'abominables massacres. Ce cinéma contribue de façon essentielle à « donner vie », un visage, une réalité palpable à ce que l'histoire aurait voulu pour certains, voir enfouir.
Gillo Pontecorvo avait réalisé La Bataille d'Alger, un film qui, plus que d'autres, allaient mobiliser les esprits et nourrir les débats. Il n'en sera sans doute pas de même ici pour plusieurs raisons, les personnes concernées, les choix du réalisateur d'éviter le film de guerre et de privilégier l'histoire de ces populations, et le temps a passé, mais c'est un passé qui ne passe pas et c'est un plaisir de voir que les frères Dardenne ont coproduit ce film important.
Le réalisateur passe sa petite enfance à Alger où son père est mi-litaire... La Trahison réalisé en 2005 traitait déjà d'un sujet lié à la guerre d'Algérie. Parmi ses 10 films, j'ai commenté Fatima (229) en soulignant les qualités que l'on retrouve ici, certes dans un sujet moins intimiste mais où l'intime l'emporte sur le spectaculaire. Une fois encore le cinéma nous permet de voir ce que certains voudraient (faire) oublier.
Et de réfléchir à l'avenir de ceux qui sont face à face sur d'autres champs de bataille, aujourd'hui encore.