Ce film catalan démarre par une fâcheuse nouvelle qui va affecter toute la tribut familiale dont nous partagerons quelques mois avant que cette nouvelle ne se concrétise de façon brutale. Le milieu que nous découvrons est celui de l'arboriculture fruitière, de gens qui gagnent âprement le modeste revenu de leurs récoltes de pêches et d'abricots, un travail harassant.
Quatre générations cohabitent, le pater familias issu d'un temps révolu où la parole suffisait pour fixer les choses d'une façon que l'on croyait alors définitive. La génération aux commandes, les dé-cideurs, puis celles et ceux qui arrivent à l'âge adulte et sont déjà impliqués sans être responsables, et qui, naturellement, vont avoir une attitude déviante, en révolte parfois. Et une magnifique bande de jeunes cousins et cousines qui vibrionnent entre piscine et plantation, avec une imagination débordante.
Ce qui frappe tout au long du récit, c'est le talent avec lequel la réalisatrice capte ces infimes moments de la vie ordinaire pour leur donner un sens subtile qui véritablement tisse la trame de ce qui nous est montré avec pudeur et une immense tendresse.
Vous apprécierez le montage qui consiste à montrer la réaction sur les visages, longuement, avant que le spectateur ne découvre ce qui la provoque.
Toutes ces rares qualités étaient déjà perceptibles dans Summer 1993 (421) le premier film de cette réalisatrice.
Alacarràs est un village dans une Catalogne qui nous est montrée aride, austère et la vie rurale évoquée l'est avec beaucoup de subtilité, tantôt parce que c'est la fête, tantôt la révolte, tantôt un constat simple de la vie dure à laquelle ses habitants sont confrontés.
Ils parlent catalan ! La réalisatrice a passé beaucoup de sa jeunesse dans ce milieu familiale qu'elle dépeint en parfaite connaissance de cause. Les interprètes nombreux et très spontanés ne sont pas des acteurs, mais des personnages recrutés par un casting local très approfondi ; le résultat est magnifique.