Il est des réalisations qui entretiennent l'espoir que le cinéma laisse encore de vastes plages à l'imagination créatrice. Ce film en est une intéressante illustration par le traitement de l'image, par la façon de filmer (utilisons modérément l'expression chic de « méta cinéma » de certaines séquences) de capter des ambiances parfois réalistes, parfois imaginaires, rêvées, fantasmées. Et une bande son qui participe de cette même recherche de singularité dont l'ambition est de nous conter une histoire somme toute ordinaire (un père part en vacances dans un club d'été en Turquie avec sa jeune fille). Mais tout le travail de la réalisatrice semble axé sur cette idée qu'il se passe d'imperceptibles choses même dans une vie aussi simple et agréable que celle de vacanciers ordinaires.
Aftersun indique bien le produit dont on se sert après s'être exposé au soleil sur la plage ; mais sans doute peut-on y lire l'idée qu'après le bonheur ensoleillé d'un moment de sa vie, il en est d'autres plus difficiles à affronter.
La réalisatrice est née à Édimbourg et elle fait parler ses acteurs avec cet accent très marqué. Ce film est le premier qu'elle réalise mais elle a travaillé dans la finance et la production.
La réalisation pêche un peu de ce manque d'expérience qui accentue ici lourdement telle intention, qui prolonge inutilement telle action, qui multiplie les moments significatifs qui en deviennent redondants. Mais cela ne fait qu'aider à comprendre une démarche novatrice, intéressante pour un sujet par ailleurs, très présent sur nos écrans, le coming of age.
La gamine (excellente actrice) a 11 ans et c'est son point de vue qui est essentiellement adopté pour la narration, ce qui rend le père un peu évanescent. Cela n'empêche pas l'acteur Paul Mescal, d'être nommé pour l'Oscar du meilleur acteur ! Ce film est déjà couvert de lauriers mais l'accueil semble mitigé car c'est un film exigeant comme on les aime lorsqu'ils nous touchent avec les moyens propres au cinéma utilisés avec talent.