Une symphonie cinématographique brillante ! Elle donne vie à ce film qui vous touche très profondément, qui émeut malgré la sim-plicité de la mise en forme classique, du sujet somme toute assez convenu et prévisible, et d'une absence d'artifice et de vedette.
L'intensité des émotions qui vous étreignent à de nombreuses re-prises dans le cours de l'histoire est, certes, amplifiée parce que soutenue par la musique, mais elle doit beaucoup au regard très sensible de la réalisatrice qui a su créer une dynamique, un mouvement devrait-on dire en matière musicale, dans un film choral -- c'est bien le moins -- qui va réunir un grand nombre de jeunes as-pirants musiciens professionnels qui formeront un orchestre sym-phonique, dont le nom est éponyme du titre. Et l'on apprécie que la musique a été enregistrée en même temps que les images, ce qui assure un synchronisme parfait de tous les instrumentistes.
Durant cette période de la vie de cette jeunesse, une année envi-ron, nous resterons focalisés sur un couple de jumelles, puis leurs parents, ensuite leur banlieue « hors Paris » puis les écoles chics des beaux quartiers fréquentées par d'autres milieux sociaux, les épreuves, les jalousies, les ambitions qui vont générer des antagonismes qui, chaque fois, nourriront le récit.
La réalisatrice m'avait déjà profondément impressionné avec Le Ciel attendra (323) et les qualités remarquées alors se retrouvent ici, avec une maîtrise parfaite. Cette dame est très active dans la production (de nombreux longs métrages produits depuis le début du siècle) l'écriture de scénarios et déjà 7 réalisations, toutes très nourries par un regard de femme qui enrichit la liste qui s'allonge de ces talents qui font admirablement prévaloir leurs points de vue et leurs sensibilités.
Directrice d'acteurs absolument maître de son art, elle donne à Oulaya Amamra l'occasion d'être éblouissante. Nous l'avions appré-ciée dans Fragile (1000) réalisé par sa sœur de sang et de nombreux autres films car elle a commencé sa carrière très jeune. Et ce n'est pas fini ! Cette jeune femme exprime une intense beauté intérieure avec une simplicité qui bouleverse.
Sa sœur de fiction, Lina El Arabi n'est pas moins impressionnante, violoncelliste de surcroit.
Nous l'avions admirée dans Noce (361) où elle tenait admirablement le rôle central.
Niels Arestrup est le fantasque chef d'orchestre en fin de carrière, il incarne un personnage réel, celui de Sergiu Celibidache, un immense chef d'orchestre (il dirigea le Philarmonique de Berlin après Wilhelm Furtwängler et avant Herbert von Karajan, excusez du peu ! Mais ce dernier fit effacer de la liste le nom de ce chef rou-main... sans doute pas à cause de son antiféminisme crasse auquel il est fait écho dans ce film).
Ce n'est pas le seul personnage réel puisque les jumelles existent vraiment. Le film évoque les sœurs Ziouani, dont l'une est chef d'orchestre. C'est à Munich qu'elle suivra l'enseignement de Celibi-dache. Elle fonde l'orchestre Divertimento en 1998, ce que raconte le film.
La réalisatrice est co-fondatrice de « Le Cercle féminin du ciné-ma français » et c'est certainement enrichissant pour son travail, le choix de son entourage. Et vous apprécierez, en mineur dans le scénario, non seulement cette sensibilité, mais aussi son attention aux enfants souffrant de handicaps ainsi qu'aux mélanges sociaux de jeunes d'origines contrastées.
Tout cela fait de ce très beau film plus qu'un divertissement, un moment d'espérance pour ces jeunes qui veulent faire aboutir de très belles choses.