Un film exceptionnel. Par sa durée (3 heures...) par sa qualité technique (une sorte de reportage) par son sujet surtout : le musée éponyme.
Nous y entrons en aveugle. Une commentatrice fait comprendre à des malvoyants la composition d’un tableau (*Boulevard Montmartre de nuit par Pissarro) ce qui nous amène à une sorte de double humilité préparatoire à la vision du film. Nous ne voyons rien, et ce qui est à voir est dans le noir. Mais très vite, de sujets en sujets, le spectateur entre en sympathie avec ce lieu exceptionnel : nous assistons à de nombreuses présentations de tableaux (à des enfants, à des groupes adultes, à des étudiants en auditorium, à des visiteurs de marque...) entremêlées avec des visites d’ateliers de restauration dans lesquels les propos tenus, les commentaires faits, sont d’une exceptionnelle qualité, d’un intérêt immense. Puis il y a la gestion « ordinaire » du musée (comment ça marche, qu’est-ce que c’est que ce métier) il y a encore des questions soulevées par les mises en place des œuvres, leur éclairage...
Bref, ceux qui aiment la peinture, et qui aiment réfléchir aux sens des chefs d’œuvres, seront comblés. Car la collection de la N G est sans doute d’une richesse inégalée par sa diversité. Il n’y a pas de grandes écoles de la peinture européenne qui échappe à un moment de didactisme et de charme, commenté dans une langue superbe, un anglais qui se comprend sans les sous-titres, et une qualité de regard du réalisateur qui se renouvelle sans cesse, avec discrétion et une grande finesse.
Peut-être ce film pourrait-il se voir dans un découpage par courtes séquences, comme pour butiner de tableau en tableau, de sujet en sujet. A faire au départ du DVD. Mais comme spectacle de ciné-ma, c’est un enchantement, avec des images dignes des tableaux étudiés, évoqués, analysés, commentés, trois heures durant qui passent comme un souffle. Celui de l’esprit et du talent.