Qui dira jamais ce que vit un enfant adopté (ici par une famille française) alors que son apparence montre qu'il est d'une autre origine ethnique (ici coréenne) ?
Un grand nombre d'enfants venant de Chine, de Corée, du Vietnam, d'Afrique, d'Amérique du Sud, - il faut dire maintenant des enfants « racisés » - vivent cette singularité et, sans doute pour certains d'entre eux, éprouvent le besoin d'en savoir plus sur leurs origines, peut-être même de connaître leurs parents biologiques.
Ce film nous invite à suivre, en 4 périodes distinctes sur une durée de 8 années, le cheminement d'une jeune femme française, née en Corée puis adoptée et élevée en France. Le film commence lors-qu'incidemment, elle arrive à Séoul, là où débute le film. Nous serons les témoins de sa vie locale, de ses difficultés linguistiques qui contribuent à l'isolement et la rendent « victime » de traductions qui ne reflètent pas exactement les propos tenus, pour des raisons de décence, pour atténuer la violence de certaines choses qui sont dites et que la traductrice estime devoir « interpréter ». Les rencontres sont de nature très différentes, toutes dans des ambiances particulièrement singulières, et c'est cette altérité culturelle, psychologique, qui donne à ce récit une originalité émouvante, mais aussi pleine de moments amusants, plus légers.
C'est le deuxième long métrage du réalisateur cambodgien qui a aussi coproduit le très étrange Onoda (845) qui, comme ici, était co-financé par le tax shelter ...
Ji-min Park est la personne qui assume le rôle principal de façon brillante, alors que ce n'est pas (encore) son métier.
Si Devotion (1093) nous avait immergé militairement dans la guerre de Corée, nous sommes ici confrontés à l'une de ses conséquences : de 200.000 à 220.00 enfants furent adoptés hors Corée et l'une des sociétés chargées de ces démarches, l'Hammond Adoption Center, sera l'un des intérêts de ce film. Son nom est éponyme de la ville située en Indiana (U.S.A.) où est localisée cette organisation qui prend en charge les procédures d'adoption. Les enfants coréens de la première période d'adoption étaient les orphelins de guerre. Il y eu aussi les « amérasiens » enfants de soldats américains et de femmes coréennes. En 1986, un enfant coréen quittait son pays d'origine chaque minute pour être adopté via des agences privées qui « créaient » des orphelins administratifs ! La volonté de « nettoyer » le pays avant les Jeux olympiques de 1988 a accéléré le départ de ces enfants souvent issus de familles en situation précaire. Voyez Broker (1092) qui traite d'une façon très différente la question de l'adoption en Corée.
Retour à Séoul est à la fois l'un des multiples destins possibles d'enfants adoptés, et aussi le portrait d'une personnalité assez revêche mais d'une séduction dont elle sait jouer avec un peu de sadisme parfois, et qui fascine par son intense émotion.