Un très beau film classique qui débute à la fin de la première guerre qui a laissé, dans ce petit village picard, des veuves, des secrets et des rancunes recuites. Nous y suivrons durant une vingtaine d'années la vie d'un ancien combattant, sorte de Quasimodo des campagnes et un bébé qui deviendra une superbe jeune femme. Ce film est de la même trempe que Manon des sources par exemple : rusticité, regards compatissants sur une paysannerie pauvre, de très belles reconstitutions, une photographie sur pellicule argen-tique très travaillée. A deux moments des archives sont intégrées dans le montage, d'une façon habile et cela donne à ces séquences du film une ampleur rare et spectaculaire. Il y a au casting quelques personnages hauts en couleur.
La découverte est celle de la talentueuse et inconnue Juliette Jouan qui incarne la jeune fille adulte d'une façon charmante. Elle joue du piano et chante avec une voix qui laissera de son interprétation une emprunte comme celle d'autres actrices qui ont marqué le cinéma par une chanson ! Son père est magistralement interprété par Raphaël Thiéry, une de ces « gueules » que l'on ne voit
que trop rarement dans le cinéma français, descendant de Michel Simon peut-être.
Il y a Louis Garrel qui tombe du ciel, Noémie Lvovky à nouveau, surprenante en nounou au fort caractère et Yolande Moreau qui en rajoute comme elle seule peut le faire, de façon magique !
Le film présente deux styles narratifs successivement : le réalisme paysan, historique, reconstitué, puis avec l'âge adulte de la fille s'invite dans le récit une dimension poétique, que la musique et le chant accentuent pour notre plus grand plaisir, car cela soutien le rêve de chacun, un jour, de prendre son envol.
Au-delà du côté discrètement militant et féministe du film, vous ne manquerez pas de noter l'hommage, discret lui aussi, à cet immense personnage : Louise Michel.