Il y a des cinéastes démiurges qui sont doués d'un talent d'excep-tion, comme celui-ci qui nous transporte dans le temps, dans l'espace et dans un mode de relations humaines absolument inimagi-nables. Pour moi c'est le cinéma à son apogée.
A la fin du 19e siècle, nous voilà embraqués au Danemark vers l'Is-lande pour accompagner un pasteur chargé d'une triple mission : construire dans un lieu inaccessible un Temple, y faire prévaloir l'usage du danois sur l'idiome local et imposer la primauté du pro-testantisme dans une population catholique.
Le pasteur a une activité singulière pour l'époque, celle de fixer sur des plaques de verre les premières photos faites avec un daguer-réotype.
La suite de l'histoire est à découvrir en salle. Elle se déroule dans des paysages sublimes, avec des lumières que seules les régions arctiques font naître dans une nature où se succèdent tous les éléments et toutes les manifestations d'une terre encore en pleine mutation tellurique. La neige, la glace et les éruptions volcaniques, la pluie et le vent, la mer et les landes à perte de vue, les torrents qui se faufilent dans des canyons vertigineux...
Des chevaux trapus de race « islandaise » dite Hestur, très résis-tants, sont les inséparables compagnons de ces hommes mutiques qui arrivent à en découdre symboliquement ou tragiquement sans que l'on ne puisse anticiper les causes de ces confrontations.
Ce film est le troisième d'un réalisateur islandais formé au Dane-mark. Il a été tourné dans un format carré évoquant les images faites à la chambre noire. La pellicule argentique a été utilisée pour filmer de façon subtile les lieux et les gens. La musique est aussi discrète qu'à propos, ajoutant ce léger mystère durant ce chemin de croix. Puis au village, l'accordéon et le piano vont réchauffer les ambiances sonores.
Il n'est pas inutile de savoir que l'Islande fût habitée d'abord par des Norvégiens qui mirent en place une sorte d'assemblée parlemen-taire (Althing). Après avoir été colonie norvégienne, catholique, l'île passe sous l'autorité du Danemark en 1536, et subit ensuite l'in-fluence de la Réforme. C'est dans cette ambiance que l'histoire du film se déroule.
Et le pays de dieu, ce GODLAND est comme chaque fois que dieu s'en mêle, un endroit traversé par des passions puissantes, rustres et fascinantes qui ont inspiré ce film d'exception.