Écoutez-les, c'est passionnant ! Nous sommes immergés dans un endroit improbable, coupé du monde, relié par une longue route de terre parcourue par de rares attelages qui vont et viennent d'on ne sait où.
La photographie de Luc Montpellier qui a éclairé les précédents films de la réalisatrice, est superbe et fait baigner les lieux dans une ambiance de bronze, un vert profond et sombre qui ne laisse percevoir aucun soleil, ce qui accentue l'ambiance pesante des discussions graves auxquelles nous assistons. Très vite, l'on comprend que ces femmes (de trois générations) sont victimes de la violence d'hommes que l'on ne voit d'ailleurs jamais ; sauf un qui joue un rôle singulier, car il sait écrire, ce qu'aucune femme de cette communauté n'a appris.
Ce groupe de dames doit faire un choix, proche de celui évoqué par Laborit dans Mon oncle d'Amérique, cet excellent film d'Alain Res-nais : subir, réagir, fuir.
Vous serez passionnés par les échanges quasi philosophiques, les antagonismes parfois violents et la profonde humanité qui se dé-gagent de ce groupe réuni comme pour un débat de conseil com-munal car c'est de l'avenir de toute la communauté très religieuse dont il est question.
Nous savons tous que le prêtre catholique néerlandais Menno Si-mons est fondateur, en 1544 des « mennonites » issus des anabap-tistes, des radicaux de l'église réformée. Il y eut scission avec les Amish dont un superbe film a fait un moment la célébrité : Witness de Peter Weir.
En 2015 un article de presse dans Mennonite Quarterly Review a mis l'accent sur les comportements sexuels violents dans cette com-munauté, en particulier en Bolivie. Après avoir absorbé à leur insu des sédatifs, ces dames subissaient, inconscientes, les pires ou-trages. Le film évoque ces drames très allusivement. (Mais ne dit mot des accointances de mennonites avec le régime nazi). L'action se passe en 2010 mais les choix philosophiques de cette communauté font que tout l'environnement est dépourvu de la moindre modernité.
La réalisatrice a une carrière de comédienne et a tourné e.a. avec Jaco Van Dormael dans Mr. Nobody (019). Elle s'est inspirée du ro-man Ce qu'elles disent, de Miriam Toews elle-même issue de cette communauté religieuse.
Le film utilise la voix off à de nombreuses reprises, comme pour accentuer que la parole des femmes est le moyen essentiel de leur émancipation. Et ici, personne n'osera leur dire de se taire, enfin ! Il faut aller les écouter.