Ce film que l'on pourrait sous-titrer « palabres et mise en scène » est l'œuvre d'un auteur Iranien important. Important pour ses prises de position courageuses dans ce régime et important par sa production : Taxi Téhéran (122) 3 Faces (529) mais aussi Le Ballon blanc, Le Miroir, Le Cercle, Sang et Or, Hors-jeu, Ceci n'est pas un film, Pardé.
Condamné à 6 ans de prison en 2010 il fut arrêté en juillet 2022 et libéré après une grève de la faim il y a quelques jours à peine, en février de cette année.
Les sujets de ses films sont ancrés dans l'histoire si complexe et douloureuse de son pays qu'il lui est interdit de quitter.
Ici nous assistons d'abord à un de ces tournages « interdits » qui se déroule de l'autre côté de la frontière, en Turquie et c'est à la fois assez drôle et profondément pathétique, vous le découvrirez en voyant comment un réalisateur reclus essaye de diriger acteurs et équipe technique via un internet absolument insuffisant. La comédienne Mina Kavani peut jouer dans ce film car ses scènes se déroulent en Turquie ; elle est interdite en Iran !
Le prétexte de ce tournage est l'ambition de quitter le pays vers la Turquie, aux moyens de faux passeports. S'y mêlent les investiga-tions du réalisateur qui veut voir par où il semble encore possible de fuir son pays, sans risquer de rencontrer « des ours ». Le réalisateur renoncera à passer la frontière.
Les relations particulièrement complexes avec la population azé-rie du petit village où se planque ce réalisateur (car comme à son habitude, Jafar Panahi se met en scène dans ses films) constituent aussi l'un des intérêts de ce film, même si les choses ne sont pas d'une clarté cristalline. Les destins du couple azéri et de l'actrice seront tragiques.
Le parallélisme entre le couple d'acteurs et le couple du village est évidemment un des sujets à déchiffrer dans ce scénario d'une grande complexité. Ce film est autant un sujet cinématographique qu'un acte de résistance qui sert e.a. la lutte des femmes ira-niennes.
Ne faisons pas l'ours et allons soutenir cette lame de fond nourrie par des artistes courageux qui doivent exporter leurs films comme des objets de contrebande.